[Traductions] Interview de Jamie Crook de Data Discs (Starburst Magazine, novembre 2015)

La musique de jeux vidéo commence enfin à gagner ses lettres de noblesse avec le regain d’intérêt ces dernières années pour les années 80/90. Le tout jeune Data Discs s’inscrit dans cette dynamique et réalise un travail absolument merveilleux en proposant des vinyles de bandes originales dans des éditions de haute qualité. Bien que cet entretien n’évoque pas en détail le business model particulièrement efficace du label, il permet de mieux comprendre l’état d’esprit de son fondateur, Jamie Crook.
Merci de respecter mon travail et de ne pas vous approprier mes traductions. C’est par pure volonté d’échange que je mets ces écrits à votre disposition. Contactez-moi pour tout autre renseignement.

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Auteur original : Nick Spacek
Source : Starburst
Support : Magazine en ligne (22 novembre 2015)

Data Discs n’existe que depuis quelques mois mais a déjà réussi le pari de sortir trois disques en très peu de temps. Leurs rééditions en vinyle de musique des jeux vidéo Streets of Rage, Shenmue et Shinobi III ont été largement saluées par tous ceux qui les ont écoutées. Si l’on ajoute à ça les prochaines éditions d’Outrun et de Streets of Rage 2, on peut d’ores et déjà dire que Data Discs est le label incontournable des bandes originales vidéoludiques. Nous avons eu la chance de pouvoir poser quelques questions au fondateur du label, Jamie Crook.

Dans quelle mesure avez-vous travaillé avec les compositeurs ?
Ça dépend. Quand on développe des produits sous licence comme les nôtres, c’est un peu utopique de croire qu’on travaillera toujours directement avec les compositeurs. Parfois, quel que soit notre enthousiasme et notre désir de les impliquer davantage, c’est tout simplement impossible. La distribution de produits licenciés avec de grandes entreprises ne fonctionne pas comme ça. Nous avons collaboré étroitement avec Yuzo Koshiro pour Streets of Rage et nous continuerons de le faire pour le reste de la trilogie. C’était un plaisir de travailler ensemble. C’est lui qui nous a fourni les fichiers NEC PC-88 de Streets of Rage (Bare Knuckle au Japon), ce qui nous a permis d’explorer de nombreuses choses lors du processus de masterisation. Au final, après avoir demandé conseil au compositeur, nous avons opté pour un mélange des pistes PC-88 et de captures directes d’une Mega Drive modifiée, afin d’obtenir les masters les plus convaincants selon les spécificités de chaque morceau. Evidemment, il avait son mot à dire sur la version définitive.

Quelles ont été les réactions de vos collaborateurs à la sortie des vinyles ?
Pour nous, c’est très important de satisfaire à la fois les compositeurs et les ayant-droits avec nos produits. Je crois que jusqu’ici, c’est réussi.

La musique de jeux vidéo fait l’objet de nombreuses réinterprétations, à travers les variations progressives de Minibosses ou de Powerglove, ou les versions orchestrales de ‘Video Games Live’. D’après vous, que peut offrir de particulier la musique originale ?
Les gens n’ont cessé de revisiter et d’adapter la musique de jeux vidéo depuis son apparition, même chez les éditeurs (par exemple, SEGA et TAITO avaient leurs propres groupes en interne, respectivement le S.S.T. Band et Zuntata). Depuis plus de trente ans, les jeux vidéo ont une influence énorme sur la culture populaire ; mais il semblerait en effet que récemment, ils soient devenus à la mode. C’est le résultat de facteurs confluents, pas simplement de la nostalgie. Les enfants des années 80 sont maintenant des adultes qui commencent à réaliser l’impact, conscient ou non, que les jeux de leur enfance ont eu sur leur identité. En ce sens, c’est le moment idéal pour développer des projets comme le nôtre. Il y a quelque chose de très gratifiant à redécouvrir la musique originale, hors de son contexte vidéoludique, et à la considérer comme création artistique à part entière. C’est aussi très réconfortant, bizarrement.

Sur le podcast Damn Fine, le compositeur Disasterpeace a soulevé un point intéressant, la contradiction de proposer de la musique électronique sur un format analogique. Quel est votre avis sur la question ?
Une large majorité de la musique actuelle est enregistrée selon des processus numériques. Pour commencer, un enregistrement purement analogique doit être issu d’une cassette, ce qui devient de plus en plus rare (pour le meilleur et pour le pire). Opposer de façon binaire l’analogique du numérique est trop simpliste ; ce sont juste différents outils que les artistes et les ingénieurs peuvent exploiter à leur guise. Souvent, la musique la plus intéressante se base sur leur interaction, qu’elle soit récente ou non.

Quels ont été les retours sur les trois vinyles parus à ce jour ?
Je suis très heureux de dire qu’ils ont été extrêmement positifs.

Croyez-vous que le fait d’attendre que les disques soient en cours de pressage permette d’éviter des problèmes rencontrés par d’autres labels ? Certains d’entre eux proposent des précommandes avant cette étape, générant de longs mois d’attente, tandis que vos disques sont livrés à temps…
La précommande est un sujet épineux sur lequel les labels indépendants tentent toujours de trouver le bon équilibre. Avant d’y penser, nous nous assurons d’abord que nos disques soient en usine, ce qui revient à estimer le niveau de la demande pour décider de la quantité à presser. C’était compliqué pour nos deux premières références, Streets of Rage et Shenmue, puisque nous avions alors peu de connaissances vis-à-vis du potentiel de nos sorties. Jusque-là, personne d’autre n’avait édité en vinyle des musiques originales de jeux vidéo, c’était un saut dans l’inconnu ; mais sans inquiétude outre-mesure, puisque le label pouvait compter sur deux titres très solides, dans des styles absolument différents mais tout à fait géniaux. Pour en revenir aux précommandes, elles sont presque essentielles de nos jours, étant donné l’état actuel du marché du vinyle – même si nous sommes fiers d’avoir proposé notre troisième titre, Shinobi III, sans aucune période de précommande. Cela dit, des labels ont fréquemment recours à cet outil pour financer leurs sorties, ce qui est assez injuste ; c’est prendre le consommateur pour une facilité de crédit, alors que la précommande ne devrait que permettre aux gens de réserver des exemplaires à l’avance.

Les bandeaux promotionnels (OBI) permettent d’uniformiser toutes vos sorties, mais était-ce le but recherché ou juste un clin d’œil aux racines japonaises des musiques ? Même chose pour l’esthétique des pochettes faisant référence au packaging des jeux vidéo ? Je pense notamment aux premiers jeux CD sortis sur Playstation, par exemple.
Notre catalogue fonctionne comme une collection, certains éléments de design doivent donc permettre de reconnaître le « style de la maison » (notamment l’obi, la tranche et le label). Ces choix ont été largement plus inspirés par les disques d’ambient japonais que les emballages de jeux vidéo.

Est-ce un choix de ne pas avoir inclus de livret ?
Pas vraiment, mais je ne pense pas que ce soit important. En général, nous évitons de charger nos sorties avec des objets superflus pour laisser la part belle au son dans un écrin élégant et distinctif. Trop de promotion et de marketing peuvent rapidement nuire à une sortie.

En quoi consiste exactement le processus de masterisation de musique purement numérique pour un format analogique ? Des données sont-elles perdues en cours de route ?
Nos sources audio (consoles, systèmes d’arcade, etc.) sont réalisées à partir d’échantillonnages haute résolution capturant un large spectre de bits. Elles sont ensuite envoyées à notre ingénieur son (le plus souvent, mon frère) qui prépare les enregistrements pour le format vinyle, ce qui implique la prise en charge des timings et des dynamiques, des incompatibilités et autres problèmes potentiels relatifs aux fréquences. Et puis, des choix créatifs sont faits pour exploiter à fond la matière brute. Nos disques sont destinés aux platines, ils doivent générer une expérience d’écoute agréable, comme de vrais albums musicaux. Pour en tirer le meilleur parti, il faut parfois réduire les sons grinçants qu’on n’entendrait pas sur un téléviseur, mais qui prendraient une dimension trop manifeste sur un équipement hi-fi, et reconstituer un ensemble homogène.
Je ne dirais pas qu’on perd quelque chose en route ; après tout, nous capturons la matière audio à une résolution bien plus haute que la source originale. Notre principal objectif, c’est de faire profiter des caractéristiques sonores et esthétiques du vinyle à la musique. Si nos disques ressemblaient en tous points aux sons originaux – dont la plupart sont déjà disponibles ailleurs – alors notre entreprise n’aurait aucun sens. Personnellement, j’adore ce mariage inhabituel entre deux formats très différents et les nouvelles possibilités sonores qu’il permet. Il ne s’agit pas seulement de produire les éditions les plus « authentiques » ou « définitives » de ces bandes originales, mais de les faire revivre de manière originale. Et puis, nous espérons que ces disques seront une passerelle par laquelle les gens s’intéresseront davantage au vinyle et aux incroyables labels qui travaillent sur ce format de nos jours..   □ B.M.

Plus d’informations sur les sorties du label Data Discs sont disponibles sur data-discs.com.

 

[Traductions] Interview de John Fahey (Perfect Sound Forever, octobre 1997)

On connaît bien les travaux emblématiques de John Fahey, son style de guitare unique qui a inspiré bon nombre de musiciens, à commencer par Jack Rose. Ce que l’on connaît moins, c’est sa période expérimentale des années 90. Ce court entretien accordé au magazine Perfect Sound Forever met en lumière cette période artistique méconnue du grand public, tout en redéfinissant les traits de la personnalité de Blind Joe Death. Ce dernier livre ici ses impressions sur les artistes qui ont influencé son travail et ceux qu’il a connus, la scène alternative et l’expérimentation, et n’oublie pas de critiquer les hippies (ce qui fait toujours du bien, rappelons-le). Une véritable métamorphose, quelques années avant son décès prématuré.
Merci de respecter mon travail et de ne pas vous approprier mes traductions. C’est par pure volonté d’échange que je mets ces écrits à votre disposition. Contactez-moi pour tout autre renseignement.

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Auteur original : Jason  Gross
Source : Perfect Sound Forever
Support : Magazine en ligne (octobre 1997)

PSF : Les derniers disques que vous avez enregistrés témoignent d’un véritable éloignement par rapport aux précédents. Comment l’expliquez-vous ?
Ça fait longtemps que je fais ça, depuis 1964-1965. J’ai réalisé des bruitages et des collages pour quelques disques. La plupart des gens ne s’y retrouvait pas, alors j’ai arrêté pendant un moment, jusqu’à récemment. Et puis il y a eu cette nouvelle scène musicale en pleine évolution. Je n’en avais jamais entendu parler, et puis BOUM, je découvre tout ça d’un bloc. Alors en privé, j’ai fait des expérimentations pendant des années et des années. Du coup, ce n’est pas nouveau pour moi. Ça prend plutôt une bonne tournure. Quelques vieux fans me demandent parfois de jouer des trucs vieux de trente, quarante ans. Je les envoie juste balader. Je m’y retrouve plus à jouer pour un public de jeunes gens à l’esprit ouvert, plus versés dans l’expérimental. Je ne veux pas vivre dans le passé.

PSF : Qu’avez-vous écouté qui vous a donné le courage de vous lancer ?
Cluster, Bang on a Can, Sonic Youth. Quelques compositeurs classiques comme Stockhausen. Jim O’Rourke, qui faisait vraiment des trucs barrés et Loren Mazzacane Connors, un bon ami à moi.

PSF : Qu’est-ce qui vous a attiré là-dedans ?
C’est plus amusant. Pas besoin de garder une structure rigide. On peut s’amuser en diversifiant et en expérimentant. Des fois, ça fonctionne plutôt bien, des fois non. Maintenant plus que jamais, les gens vous respectent quand vous expérimentez, même quand le résultat n’est pas vraiment à la hauteur. Les labels et les distributeurs sont plus nombreux sur ce terrain également.

PSF : Comment percevez-vous l’étape actuelle de votre carrière ?
Pour ma part, je suis au sommet de ma carrière. J’en ai vraiment marre des vieux trucs. Ça commençait à me rendre malade. Je ne pensais pas pouvoir tirer mon épingle de ce jeu (rires).

PSF : Alors selon vous, les gens vous paraissent plutôt d’accord avec ça ?
Ouais, ils ont de bien meilleures connaissances en matière de musique, de bruitisme et d’expérimentation. Je n’ai plus affaire à des hippies. J’ai toujours détesté les hippies. L’autre jour, je suis tombé sur une de ces filles, à l’occasion du concert de mon trio à Portland. Tout le monde était à fond, sauf cette vieille nana qui foutait le boxon parce qu’elle voulait écouter des machins vieux de quarante balais. Je lui ai dit « va chier ». Elle a commencé à crier, tout ça, alors il a fallu la faire sortir. Je m’en fous. Tire-toi. De toute façon, ces trucs étaient trop sentimentaux.

PSF : Alors vous détestez vos anciennes productions ?
Il y avait de très bonnes choses. La plupart du temps, c’était du sentimentalisme cosmique. J’aime bien, mais je n’écoute plus. Je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça. J’imagine que je n’avais pas appris assez de choses.

PSF : Quels sont vos albums préférés ?
Seulement les trucs récents. Comme ce qui vient de sortir chez Thirsty Ear.

PSF : Alors vous n’écoutez pas vos anciens enregistrements ?
Quasiment jamais.

PSF : Dans vos derniers écrits, vous dites avoir plus de choses en commun avec la scène alternative et les punks qu’avec la scène folk et les hippies.
Ouais. Je n’ai jamais pensé avoir quelque chose en commun avec eux. Je ne les aime pas. Je n’ai jamais été un hippie. Ils se sont approprié ma musique et ils ont cru que j’étais l’un d’entre eux. Ils croyaient que je partageais leur système de valeur, que je prenais du LSD, etc. En fait, ils ne me comprenaient pas, mais ils achetaient mes disques et je devais jouer pour eux. Je les ai toujours détestés en secret. Maintenant, ils dévoilent leur véritable nature. J’ai toujours su que c’étaient des maniaques du contrôle. Comme cette meuf, ils veulent tout contrôler, moi y compris – ils se foutent bien de la liberté de chacun. Ce nouveau groupe est entièrement pour la liberté, et c’est un sacré progrès, même si avec les gens de la scène alternative, il y a des choses qui se font et d’autres qui ne se font pas. Mais en comparaison, on voit bien que le mouvement hippie a toujours été assez strict, alors que son discours était axé sur la liberté. C’était bidon.

PSF : Cela fait un moment maintenant que vous habitez dans l’Oregon. Est-ce que cela influence votre travail, après avoir vécu si longtemps en Californie ?
Je ne crois pas que ça influence mon travail. Je ferais la même chose sans me soucier d’où je suis. Je me sens mieux ici pour un paquet de raisons, mais ça n’affecte pas ma musique.

PSF : Vous avez écrit sur l’anthologie d’Harry Smith par le passé. J’imagine qu’elle a eu un énorme impact sur vous.
Nous tous qui avons appris la musique folk, la vraie « folk music », pour savoir jouer de la guitare et nous exprimer, nous avons tous écouté cette anthologie et nous l’avons exploitée en profondeur pour doper notre propre créativité.

PSF : Alors vous pensez que c’est votre point de départ ?
Oui, je crois.

PSF : Vous dites que pour vous, c’est de la VRAIE musique folk. Pourquoi cette distinction ?
Eh bien, il y a de la fausse musique folk. Genre un gamin de banlieue qui chante du blues noir ou qui joue de la musique des Appalaches.

PSF : Mais vous trouvez qu’il y a quelque chose d’authentique dans les enregistrements proposés par Harry Smith.
En dehors de considérations purement esthétiques, les émotions qui y sont exprimées sont bien plus directes. Elles viennent de gens qui ont vécu une vie typique du folklore américain, pas une vie de banlieusard chantant la tradition de quelqu’un d’autre. Ceux-là ne parviennent pas à trouver leur propre mode d’expression. Ce serait intéressant de les entendre chanter l’angoisse des banlieues, mais ce n’est pas le cas. En tout cas, ce serait authentique d’en parler dans leur musique. Le drame des banlieues, en quelque sorte (rires). Mais ils ne le font pas. Croyez-moi, il se joue pourtant des drames là-bas, mais au lieu de ça ils ont adopté la musique d’autres cultures auxquelles ils ne connaissent rien. Ils ne font pas du très bon boulot. Je n’ai jamais compris ça.

PSF : Certains trouvent une dimension spirituelle à vos travaux. Vous partagez leur avis ?
C’est une idée fausse que se sont faits les gens. Je ne comprends vraiment pas. Je me demande de quoi ils parlent. Je ne vois pas de quoi VOUS voulez parler, sans vouloir vous vexer.

PSF : D’où vous vient l’inspiration ?
Oh, je m’assois, j’improvise et j’essaie d’atteindre mon inconscient. Dès qu’il s’ouvre, quelque chose arrive. Je fais ça depuis longtemps maintenant. Ça demande un minimum d’organisation quand on passe à l’étape de l’enregistrement, si on veut jouer en duo, faire des collages, tout ça. Dans tous les cas, quand l’inconscient est prêt à surgir, ça devient intéressant. Certains guitaristes ne font pas attention à ce qu’ils ressentent, et ça sonne un peu faux. Sans cette sensibilité, ce n’est pas vraiment passionnant.

PSF : Il y a longtemps, vous avez étudié la philosophie allemande. Est-ce que cela a influencé votre travail d’une manière ou d’une autre ?
Je me suis trompé de cursus. J’aurais dû faire de la psychothérapie. J’en ai fait pendant une dizaine d’années (entre 1970 et 1980) et c’est vraiment ce que je cherchais à apprendre. Je me suis juste planté (rires).

PSF : Alors, vous pensez que ça vous a beaucoup aidé ?
Oh oui. Ça m’a sauvé la vie.

PSF : Alors c’est une bonne chose d’avoir été sauvé grâce à ça.
Ouais, c’est certain !

PSF : Tout à l’heure, vous parliez de vos influences. Vous aviez déjà parlé de Stockhausen et même de Charles Ives par le passé, si je me souviens bien.
C’est plutôt Ives qui a été une influence majeure. Voilà encore tout le charme de l’expérimentation. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.

PSF : Que pensez-vous du travail de certaines personnes avec qui vous avez travaillé par le passé, comme Leo Kottke ou George Winston ?
Je ne m’intéresse pas vraiment à ce que fait Kottke. Je ne sais même pas où il en est. George est un bon copain, mais je ne sais pas non plus ce qu’il fait. Je crois qu’il y a une sorte de guerre culturelle entre la classe moyenne polie qui écoute des choses légères voire déplorables, et les gens de la scène alternative. Kottke n’en est pas encore sorti. George sait probablement que ça existe. Il est plus rebelle dans l’âme. Quand il était au lycée, il avait décidé avec des amis de foutre en l’air un débat télévisé en Floride ; ils avaient enregistré plus de 90 minutes d’appels téléphoniques loufoques et c’était franchement marrant. Même si sur scène, George joue une jolie musique assez passive, en coulisses il est vraiment bon. C’est un excellent guitariste. Son esprit est très rebelle – mais il ne le montre pas en public.

PSF : Pouvez-vous nous parler du label Takoma ? C’est vous qui avez lancé ce projet, c’est ça ?
Ouais, c’est ça. La raison pour laquelle je m’en suis débarrassé, c’est que la plupart de mes employés avait commencé à prendre de la cocaïne et que je ne pouvais rien y faire. Ce n’est pas qu’on perdait de l’argent ou autre. On vendait encore des disques. J’ai juste fait la grosse erreur de refiler du stock aux employés, alors je ne pouvais plus les virer. Tout ce que je pouvais faire, c’était mettre la clé sous la porte. A ce moment-là, Chrysalis a proposé de racheter la boîte, alors je leur ai dit « banco ».

PSF : A l’origine, quelle était l’idée derrière ce label ?
C’était d’enregistrer des gens comme moi, de la musique alternative, du blues et de la musique ethnique.

PSF : On m’a dit que vous aviez l’habitude d’acheter des disques en faisant du porte-à-porte. Vous le faites encore ?
(rires) Non, plus maintenant. Les magasins de disques sont très pratiques. Et puis aujourd’hui, tout le monde fait des vide-greniers.

PSF : Quand vous avez commencé à faire de la musique, votre style était vraiment unique. Pas de groupe, pas de paroles, juste de la guitare solo. Comment avez-vous pris cette décision ?
J’avais essayé de chanter, mais je suis vraiment mauvais. Alors j’ai écrit des morceaux de guitare.

PSF : Qu’écoutiez-vous dans le temps ?
J’écoutais beaucoup de Bartók et de Chostakovitch, et du bluegrass de l’époque. Les trucs dénichés par Harry Smith et d’autres disques similaires. J’ai essayé de faire fusionner tout ça dans un style de guitare particulier, et je crois m’en être plutôt bien sorti.   □ B.M.