[Musique] Les virtuoses de France, Bernard Gavoty et Ray Collignon – Philicorda

Vinyl-rip n°5 !

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Artistes : Les virtuoses de France, B. Gavoty et R. Collignon
Titre de l’album : Philicorda
Année de sortie : 1960s
Label : Philips
Genre : Musique baroque, easy listening, pop

Les compilations musicales interprétées à l’orgue Hammond faisaient fureur chez certains de nos aïeuls, heureux possesseurs de platines. De nos jours, le son délicieusement suranné de cet instrument électromécanique séduit encore les enthousiastes, offrant des relectures de standards de la musique populaire ou classique. Chose logique, son large succès fit alors des émules. A la fin des années soixante, Philips mit au point une gamme d’instruments qu’il lança sur le marché des orgues électroniques. Né en France, le concept sera baptisé Philicorda – un nom qui aujourd’hui encore fait le bonheur que quelques collectionneurs de claviers, malgré de nombreux défauts : grande quantité de câbles, poids important mais de facture fragile, certains matériaux résistant moins bien aux outrages du temps que le timbre de l’appareil. Il donnera naissance à quelques galettes, sans jamais vraiment s’imposer dans les discothèques.

Certains albums de Philicorda sont très côtés, comme celui du claviériste grec Mimis Plessas. Moins rare et plus abordable, cet enregistrement faisant participer divers artistes n’est ni plus ni moins qu’un disque de démonstration, faisant la louange des sonorités ainsi que du côté soi-disant pratique et polyvalent du dernier joujou de la firme hollandaise. Sous la baguette des Virtuoses de France et de Bernard Gavoty, la face A est constituée d’une sélection d’œuvres du répertoire classique : le Philicorda y est d’abord accompagné d’un orchestre sous la direction de Cyril Diederich dans l’interprétation un concerto de Bach, avant que l’organiste ne poursuive le programme avec davantage de Bach agrémenté d’un soupçon de Couperin. La face B, quant à elle, est dans le plus pur style des compilations de l’époque, un medley signé Ray Collignon comme savant mélange de pop passe-partout. Simple curiosité ou défouloir sauce sixties, il appartient à chacun de décider comment qualifier cette mixture pour le moins originale…

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[Musique] Gwalarn – Gwalarn

Vinyl-rip n°4 !

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Artiste : Gwalarn
Titre de l’album : Gwalarn
Année de sortie : 1976
Label : Velia Disques
Genre : Psych folk, musique bretonne

Dans les années 1970, la musique folk – qu’elle soit psychédélique ou non – semble avoir formé un temps le terreau de l’expression musicale d’un certain régionalisme. J’entends par là qu’elle donnait l’occasion à des cultures locales de diffuser leurs valeurs, de transmettre leur histoire, de véhiculer leurs particularismes ; par exemple, certains territoires écossais du Royaume-Uni, ou plus proches de nous, la forte identité culturelle de la Bretagne. Il faut dire que l’histoire de France a été depuis longtemps propice à l’affirmation de celle-ci… Et ils étaient nombreux à vouloir se manifester, ces artistes bretons ! On connaît bien les chanteurs tels que Gilles Servat (ardent défenseur de son patrimoine natal) ou les musiciens du style Alan Stivell (pourtant auvergnat de naissance), mais il existe une constellation de groupes méconnus dans cette grande famille, dont Gwalarn fait partie.

Comme beaucoup d’autres, Gwalarn fait valoir la beauté de la langue bretonne autant dans ses chansons que dans son nom, qui désigne le vent nord-ouest du noroît. Composé alors de Véronique Auttret, de Michel Kermarec et de Jacques Pellen, le groupe sort son premier disque éponyme en 1976 chez les Disques Velia, label costarmoricain ayant également édité des albums de François Budet et Ar Skrilhed. Édité en relativement peu d’exemplaires, ce LP est devenu une authentique rareté activement recherchée par les collectionneurs. On y retrouve des chants d’amour et des poèmes, chaque morceau racontant une histoire : l’immensité de la mer qu’on traverse en bateau (« Ar Mor A Zo Braz »), le dépit d’un charpentier malheureux en amour (« Eskennour Yaouank »), le chagrin d’une veuve de marin (« Intanvez Ar Moraer »)… La musique emprunte largement au grand répertoire celtique. Elle y puise sa force évocatrice dans « War Pont An Naoned » voire de la gaieté dans la ronde « Evit Deg Gwenneg Plac’h A Zo » (littéralement « Pour dix sous y’a une fille »). Un vrai petit bijou pour les amoureux de musique folk !

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[Musique] Bobby Few – Rhapsody in Few

Vinyl-rip n°3 !

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Artiste : Bobby Few
Titre de l’album : Rhapsody in Few
Année de sortie : 1983
Label : Black Lion Records
Genre : Avant-garde jazz, soul jazz

A moins d’être amateur de jazz accompli, le nom de Bobby Few ne vous dit certainement pas grand-chose. Ce pianiste plutôt méconnu, natif de l’Ohio, possède pourtant des références imposant le respect : ami d’enfance d’un certain Albert Ayler (qu’il accompagnera plus tard sur Music Is the Healing Force of the Universe), remarqué très tôt par Ella Fitzgerald, il commence sa carrière dans les années soixante avant d’enregistrer rapidement un premier disque avec Booker Ervin, The In Between, début d’une longue suite de collaborations aux côtés de messieurs tels que Frank Wright, Archie Shepp et Roland Kirk. Installé à Paris depuis 1969, il participe à de nombreux festivals lors desquels il développe un jeu orienté free jazz, qui l’amène à travailler aux côtés de Steve Lacy dès les années 80. C‘est justement à cette période, dix ans après la sortie de son premier LP proposant déjà un premier jeu de mots (More or Less Few), que paraît Rhapsody in Few chez Black Lion Records.

Ce disque peu courant est distribué en 1983 sur le territoire français par Carrère ; pendant les 45 minutes affichées au compteur, le musicien américain parvient à distiller un jazz atypique plutôt accrocheur, en particulier sur « Dance All Night », qu’il interprète en trio avec Alan Silva et Muhammad Ali. Le reste de l’album (c’est-à-dire l’album dans sa quasi-totalité), dominé par la composition éponyme, donne à écouter Bobby Few en concert solo, en pleine expression de son art pianistique, laissant libre cours à sa palette de couleurs sonores. Sans jamais tomber dans l’étalage gratuit, malgré sa virtuosité, et dans la grande tradition des artistes explorant à fond leur instrument de prédilection, il semble chercher à en maîtriser la résonance. Même si Few ne révolutionne guère le genre musical en lui-même (est-ce vraiment le propos ?), chaque amateur pourra trouver ici un motif de satisfaction personnel. Pour ma part, je ne trouve pas ce disque exceptionnel, d’abord parce que l’enregistrement n’est pas optimal, et parce que la voix de Bobby Few me paraît trop limitée – l’accompagnement constant à la Glenn Gould tend malheureusement à m’agacer. Néanmoins, ses reliefs soul jazz dissonants ont su me marquer et rendre l’écoute agréable : « Everybody Has the Right to Be Free » est à ce titre un court moment de grâce.

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[Musique] Eddie Lund – Aparima

Second vinyl-rip !

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Artistes : Eddie Lund / Hiriata et son Chœur / Salamon et ses Batteurs / Maono et le Groupe de Patutoa
Titre de l’album : Aparima et Otea
Année de sortie : 1965
Label : Tahiti Records
Genre : Musique traditionnelle, Polynésie française

Les chineurs le savent bien, les compilations de musique des îles du pacifique ne sont pas des choses qui manquent. On en trouve partout, de plus ou moins bonne facture. Il n’est pas rare de tomber sur des productions banales et assez vite expédiées, destinées à satisfaire les besoins de ce que Terry Pratchett considère comme la plus redoutable espèce qui soit : le touriste. Bien que ce disque ne soit pas le fruit d’une recherche musicologique approfondie, il représente néanmoins le haut du panier. En effet, Eddie Lund est considéré comme le père de la musique populaire tahitienne telle qu’on l’a connaît aujourd’hui. Ce pianiste américain reconverti en producteur de disques possède une dizaine de vinyles à son actif, presque tous chez la même crèmerie, la bien-nommée Tahiti Records. Sorti en 1965, Aparima est un album moins recherché que d’autres, les pochettes montrant des jeunes filles peu vêtues ayant toujours plus la faveur de certains collectionneurs curieux ; il offre cependant de découvrir en alternance deux styles distincts de la musique polynésienne, appelés aparima et otea.

Comme l’expliquent bien les notes situées au dos de la pochette, l’aparima est une pantomime gracieuse servant à raconter une histoire (qu’il s’agisse d’activités quotidiennes ou d’occasions spéciales), tandis que l’otea est un genre de morceaux de percussions exclusivement joué par des tambours traditionnels, interprétés ici par Salamon et ses Batteurs (les premiers à avoir enregistré ce style musical dans les années 50). L’aparima est donc plus suave et plus coulant, exprime la délicatesse de « baisers des mains » dans des gestes simples comme la pose d’une fleur derrière l’oreille, le mouvement des rames d’une pirogue, la mise en tresse de cheveux ou encore le vol d’un oiseau. Tout cela peut paraître terriblement stéréotypé, mais on admet volontiers que l’ensemble possède une véritable qualité authentique. En effet, plutôt que l’ensemble Eddie Lund and His Tahitians, ce sont Hiriata et son Chœur et Maono et le Groupe de Patutoa qui mènent la barque. Le grain de l’enregistrement participe au charme de la découverte. Bien qu’assez court, Aparima n’a donc pas grand-chose à envier aux disques de fameux labels spécialisés plus sérieux comme Ocora !

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[Musique] Scott Ross – Monsieur Bach

Premier vinyl-rip !

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Artiste : Scott Ross
Titre de l’album : Monsieur Bach
Année de sortie : 1973
Label : STIL
Genre : Musique baroque, clavecin

Ces cinq dernières années, mon parcours a été marqué entre autres par un intérêt naissant pour la musique baroque. Ce courant musical riche et varié, longtemps négligé, doit en grande partie son appréciation actuelle à certains grands noms tels que Nikolaus Harnoncourt ou Trevor Pinnock. Ces derniers ont su dépoussiérer et redorer le blason de toute une époque, de tout un style, à travers l’enseignement et l’interprétation d’un répertoire oublié. Scott Ross fait partie de ces personnages de premier plan. Ce prodige américain, élève de Kenneth Gilbert, est aujourd’hui particulièrement connu pour sa célèbre intégrale des sonates pour clavecin du compositeur Domenico Scarlatti. Musicien précoce, il remporte le premier prix du concours international de Bruges à vingt ans, deux ans avant la sortie de son premier enregistrement, sobrement intitulé Monsieur Bach.

Ce premier disque paraît donc en 1973 chez STIL, un label français de connaisseurs. On y trouve autant du Couperin et du Rameau que des artistes de musique contemporaine sortant des écuries INA-GRM (comme le flûtiste Pierre-Yves Artaud), voire même de la musique plus exotique, principalement venue d’Inde. Derrière cette pochette éloignée des canons esthétiques des LP de musique classique, Scott Ross nous propose un court voyage dans l’univers d’un des plus grands compositeurs via une sélection d’œuvres du grand Bach : la quatrième partita en ré majeur, le prélude, fugue et allegro en mi bémol majeur et surtout une merveilleuse interprétation de l’Offrande musicale au clavecin, privée de sa sonate en trio mais occupant une large place sur la face B. Le claviériste laisse éclater toute sa sensibilité et révèle au grand jour sa profonde compréhension du style baroque dans cette version intimiste rappelant les efforts de Gustav Leonhardt, autre grand bienfaiteur de la musique baroque. La qualité de prise de son n’est pas en reste, faisant de ce disque un vrai bonheur pour les amoureux du clavicembalo.

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Octobre 2014 : une vinyle iddyle

Comme vous ne le savez peut-être pas, c’est aujourd’hui mon anniversaire. Et qui dit anniversaire, dit cadeaux. Je ne m’épancherai pas sur ma vie privée, pas d’inquiétude, mais il se trouve que cette nouvelle implique directement le contenu à suivre du blog. En effet, mise à part la bonne surprise que m’avait réservé Lynch avec l’annonce officielle d’une nouvelle saison pour la série TV Twin Peaks (neuf épisodes prévus pour 2016), on m’a offert une nouvelle platine vinyle, la Denon DP-200 USB, qui s’alignera à merveille avec mon nouveau système stéréo Cabasse.

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Et là où ça devient intéressant, c’est que ce modèle précis permet très simplement de ripper n’importe quelle galette vinyle en mp3 (pas le format idéal, certes, mais un bon début). Cela ouvre de nouvelles possibilités pour partager de la musique via OTBT, car nombreux sont les disques à n’avoir jamais été réédités malgré la qualité de leur contenu. Dans les prochains mois, de temps en temps, je proposerai donc des fichiers vinyl-rip à télécharger – comme le font tant d’autres blogs à travers la toile – avec mes découvertes de vide-grenier ou mes achats un peu plus conséquents… du moment qu’aucune réédition récente ne soit proposée sur le marché. Affaire à suivre…

[Musique] Colette Magny – Visage-Village

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Artiste : Colette Magny
Titre de l’album : Visage-Village
Année de sortie : 1977
Label : Le Chant du Monde
Genre : Chanson, poésie, avant-garde jazz

La notion d’album-concept n’est pas aussi étendue qu’on pourrait le croire. Dans les années 70, en France comme ailleurs, c’est un terme biaisé dont l’intérêt quasi-exclusif ne concerne guère que les productions pop-psychédéliques à tendance prog. On parle volontiers d’album-concept pour toute la vague de disques parus au début de cette décennie : le sacro-saint Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, mais également La Mort d’Orion de Manset, ou les créations d’Igor Wakhévitch. Mais on parle bien peu des autres genres musicaux, plus acoustiques ou moins hallucinés – et cela semble être encore le cas encore aujourd’hui. Fait étrange, Colette Magny en a pourtant signé quelques-uns, contemporains aux autres précités : Feu et rythme (1970), Répression (1972), Transit (1975) et Visage-Village (1977). Si le désaveu des trois premiers peut s’expliquer pour cause de format « trop » libre, Visage-Village demeure un disque vraiment étonnant, méritant une attention toute particulière. C’est peut-être même l’un des plus beaux de Colette Magny, qui fleure bon la campagne, les chardons et le fumier.

Commençons par rappeler un truisme. La représentation de la campagne ne se définit pas simplement par une nature terrienne ; elle peut être aérienne, envolée, poétique. Loin des cités urbaines et de leur progressisme galopant, les vastes étendues de terres cultivables côtoient les communes séculaires. Vu du ciel, le paysage est un gigantesque trompe-l’œil à ravir les poètes aux envolées lyriques. « Plus on s’approche, plus c’est le foutoir »… L’apparente uniformité des terres flatte le désir, voire la volonté esthétique de l’homme ; mais comme le souligne très justement Colette Magny, à l’observer de plus près, à notre échelle, la campagne est un chaos de mauvaises herbes et de richesses malodorantes, parties intégrantes du processus de renouvellement de la nature. Il n’est donc pas étonnant de voir la chanteuse engagée s’insurger ici contre les « mains pensantes » qui charcutent la terre par le remembrement et son impact éco-paysager, destiné à satisfaire nos plus basses pulsions apolliniennes.

Ces pulsions sont-elles d’ailleurs fondées ? Car la ruralité n’invite pas seulement à l’apaisement, à venir à la rencontre du bon gueux qui rôde de Richepin ou d’Elzéard Bouffier. Sa poésie peut être crue. Et dans la bouche de Colette Magny, la peinture musicale d’un village peut se faire licencieuse, même si la chanteuse n’en omet pas la force empathique, son visage. Ainsi, une fête de campagne permet la rencontre des épidermes, les vagins vivants y croisant les sexes en amiante, « pour la fureur et pour la baise ». Dans le même temps, on reste capable de sérénité voire d’émerveillement devant les arbres morts qui annoncent le grand spectacle de l’hiver, « extraordinaire quand les bêtes se terrent, quand il y a l’air de rien y avoir, et que tout existe ». C’est de tout cela qu’il s’agit sur cet album de 1977. Un sujet certes moins brûlant que les précédentes vindictes à tendance rouge de Magny ; même si elle ne se reconnaissait dans aucun parti politique, serait-ce là l’effet de Soljenitsyne et de son Archipel du Goulag ?

Pour blâmer le cancer qui ronge la campagne, Colette Magny use autant de l’essence brûlante du free jazz que du tempo d’une valse-musette bancale, sans trop servir de flonflons. Elle parvient à replacer le blues dans une ruralité, certes plus moderne mais toujours solidement ancrée, quitte à finir l’album par des chants hystériques. C’est pourtant avec l’accordéon que Visage-Village s’offre une identité musicale franche, justement dans la tradition des albums conceptuels : ce timbre si particulier change radicalement sa résonance par une répétition de motifs, de couleurs, de formes musicales. À travers lui, Magny évoque en tout cas la perte de repères due à la transformation des paysages. Identité perdue ? Dans Répression, on trouve les prémices de cette uniformisation concrète et utilitariste par le remplacement des pavés (dangereux) par du bitume (inoffensif et plat), cherchant évidemment à pointer du doigt l’uniformisation des esprits à une pensée unique et docile…

Moins personnel que Melocoton (1965) ou Kevork ou le délit d’errance (1989), ce disque est pourtant empreint d’un fort sentiment de vécu. C’est une pure merveille de chanson française, accessible, à la fois tangible et évanescente, qui a le don magique de s’incruster peu à peu dans l’esprit de ceux qui prendront avec raison le temps de la redécouverte. Nul besoin d’univers fantastique pour briller. Cette création en collaboration avec Lino Léonardi et le groupe Dharma semble couler de source, comme une évidence. Méconnu et mésestimé, Visage-Village est un dernier coup d’éclat avant les années 80, période moins prolifique de la carrière de Colette Magny.

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