« A fond », création pour vielles à Orléans

 Petit compte-rendu de concert !

baudoin-2015

Hier soir à la salle Barrault du théâtre d’Orléans s’est tenu un concert de très grande qualité. Valentin Clastrier s’était entouré de camarades et amis viellistes de talent ainsi que de trois percussionnistes issus de différents univers dans le cadre d’une performance intitulée « A fond ». Une idée de réunion toute en « puissance » qui lui est venue dans cette même cité johannique, à entendre le son pesant de tambours burundiens résonner dans les rues sous l’égide de Serge Ceccaldi, également à l’origine de ce projet. Réuni sur scène, le sextuor imposant dans sa mise en place avait plus l’air d’un groupe d’avant-rock que d’ensemble folk, permettant l’expression des sensibilités de chacun, grâce à des compositions laissant souvent libre cours à l’improvisation. Mieux qu’une simple somme d’individualités, l’ensemble se conjuguait au présent et tout semblait couler de source entre les compères, malgré quelques accrocs ici ou là qui ne gênait en rien le grand plaisir de voir ces artistes évoluer sur scène ; scène d’ailleurs bien éclairée, soulignant les silhouettes et délimitant avec brio les espaces sonores développés pendant plus d’une heure avec un dynamisme jubilatoire.

afond-2015

Coup de chapeau aux artistes ! J’ai retrouvé avec joie les particularismes du jeu de l’icôno-Clastier, très créatif et osant tantôt les structures savantes, tantôt les simples résonnances avec une maîtrise incontestable. Dans son approche un poil plus classique, la vielle électroacoustique de Gilles Chabenat n’a pas manqué non plus d’inventivité, en particulier dans un solo de toute beauté, fin et précis comme de la dentelle ; tandis que dans les mains de Romain Baudoin, l’instrument prenait une énergie limite punk, se transformant en Fender invitant le headbanging d’une salle très réceptive. Aux côtés de ce trio virtuose de la vielle à roue se développaient des rythmes tentaculaires, vibrants. Derrière les fûts de sa batterie, Florian Satche a tout donné – corps et âme, tout comme Adrien Chennebault qui disposait lui aussi d’une palette sonore diversifiée (crotales, calebasse, toms, agogô, etc.). Plus en retrait dans les grandes largeurs, le doyen de la section Gérard Siracusa n’était pas en reste pour autant, ponctuant ses interventions par une présence scénique appréciée.

Musicalement, le voyage était fascinant. Les mécaniques martiales d’une rythmique massive accompagnaient les temps forts des mélodies des vielles, pas avares en timbres de toutes sortes et en mesures complexes. Les ambiances se succédaient par réverbération, par césure, laissant à peine le temps aux spectateurs de saluer les soli. Très vigoureux, Clastrier s’est même sporadiquement évertué à poser sa voix sur les morceaux, avec une insolence répétée (« salope », « baisez-vous ») qui – j’imagine – se voulait un pied-de-nez littéral aux poncifs du rock. Un aspect satirique mais aussi drolatique, avec des instants foufous que n’aurait pas renié Carl Stalling, où chacun prenait plaisir à se lâcher, comme si l’ombre de Zappa planait au-dessus de leurs têtes. Mais l’énergie était également investie dans des passages plus doux, plus subtils, même si le mot d’ordre était bel et bien « à fond ».

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