[Cinéma] Noburō Ōfuji – Kuma ni kuwarenu otoko

13_cover

Réalisateur : Noburō Ōfuji
Titre du film : Kuma ni kuwarenu otoko
Année : 1948
Durée : 9 min
Genre : Animation, court-métrage, cartoon

On admet généralement la domination du Japon dans le domaine de l’animation à partir des années 60. C’était un temps où l’arrivée de la télévision avait causé une vraie perte de qualité aux cartoons américains. Cependant, les débuts de l’animation japonaise étaient loin d’être glorieux, le style s’est longtemps cherché avant d’obtenir le look manga que l’on connaît si bien. En fil rouge, il semblerait toutefois que dès le départ, ce pays soit versé dans l’animation « limitée », utilisant un maximum de huit dessins pour les 24 images par seconde du cinéma. Si on regarde de plus près les films des années 20, on observe que techniquement, le résultat est assez pauvre. Cette caractéristique nippone s’explique en partie, selon certains spécialistes, par l’héritage du ou du Kabuki, dans lesquelles les acteurs prennent des poses figées et limitent leurs mouvements sur scène. Quoi qu’il en soit, cela dessert tout de même le medium. Quand les animateurs nippons tentent de proposer mieux ou de faire plus original, on dirait que les idées sont directement pompées ailleurs. C’est notamment le cas du réalisateur qui nous intéresse ici, Noburō Ōfuji.

Au début des années 30, Ōfuji réalise plusieurs courts métrages d’animation en papier découpé, souvent des films pour enfants destinés à les faire chanter, comme Fête villageoise (1930) ou Chanson de printemps (1931), mais également des productions d’exaltation nationaliste, par exemple L’hymne national : Kimigayo (1931). Si les papercrafts enfantins du chiyogami possèdent un minimum de charme, le rendu plus adulte de Kimigayo s’inspire directement des techniques de Lotte Reiniger, la réalisatrice allemande qui fut la première à proposer des films rappelant les théâtres d’ombres du Râmâyana, quelques dix années auparavant. C’est d’ailleurs presque une constante chez Noburō Ōfuji, et peut-être symptomatique de l’animation japonaise d’alors : il accuse un sévère retard en la matière, à tel point que chaque réalisation semble datée, et ce malgré un statut d’authentique pionnier en son pays. C’est d’autant plus flagrant dans Kuma ni kuwarenu otoko (The Bear Dodger).

L’histoire de The Bear Dodger est simple et moraliste. Le conte met en scène un samouraï voyageur et son compagnon, un vrai froussard ; en chemin, ils rencontrent un ours qui mettra en fuite le pleutre, laissant le soin au héros d’éviter la catastrophe, après quoi il refusera de continuer son voyage en si mauvaise compagnie. En d’autres termes : mieux vaut vivre seul que mal accompagné. Bien qu’il soit assez mignon, ce petit court-métrage de 1948 aurait pu être réalisé par un studio américain quinze ans plus tôt, s’il ne possédait pas sa singularité culturelle propre. Même le design du personnage principal fait écho aux visages ronds et caricaturaux des studios Fleischer. Bien évidemment, sur le plan financier le Japon ne pouvait rivaliser avec les cartoons industriels ; mais il faut imaginer l’écart creusé entre les deux pays car à la même époque, Tex Avery repoussait déjà les limites du format en allant toujours plus vite, en cherchant toujours plus fou dans l’univers animé.

Peu d’animateurs pouvaient rivaliser avec une telle machine. Dans les années 40, une des rares alternatives se trouvait dans la poésie des créations de Grimault et Prévert. Est-ce parce que le Japon n’a pas eu accès à ce type de dessins animés ? Tous les fondamentaux des cartoons sont présents, en particulier la répétition de boucles animées, généralement trois fois d’affilée, qui fascinaient tant le public du début des années 30. Ce « copier-coller » était-il encore inédit au Japon ? De même, on retrouve avec plaisir (ou soulagement) le métamorphisme de figures animées, comme le tronc-serpent. D’un autre côté, Ōfuji parvient tout de même à mériter son rang d’innovateur, par l’utilisation de la mise au point de la caméra sur quelques petits plans, afin de créer une illusion de profondeur à l’écran ; mais cela ne suffit pas à sauver ce petit film de son énorme retard en la matière. On reconnaîtra tout de même le mérite du réalisateur nippon qui pave ainsi la voie de l’animation pour les générations futures.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s