[Traductions] Lost Keaton – Film Notes Partie 1/2 (Kino, 2012)

Quand le cinéma était muet, le format du court-métrage était à son apogée. Certains des meilleurs films de l’époque étaient signés Keaton. Malheureusement, son monde du slapstick commença à s’écrouler à la fin des années 20, avec l’apparition des talkies, productions peu flatteuses pour l’humour visuel dont Buster était l’un des pionniers. Peu de gens s’intéressent à ce qu’il a fait après. Pourtant, la plupart des films réalisés pour Educational Films entre 1934 et 1937 sont loin d’être mauvais ; on y trouve même avec plaisir deux excellents courts, Les rivaux de la pompe (1935) et Chef d’orchestre malgré lui (1936). Ce document permet d’accompagner leur visionnage, afin de redécouvrir en profondeur une partie quasiment oubliée de la carrière de l’homme qui ne riait jamais. En voici la première partie.
Merci de respecter mon travail et de ne pas vous approprier mes traductions. C’est par pure volonté d’échange que je mets ces écrits à votre disposition. Contactez-moi pour tout autre renseignement.

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Auteur original : David Macleod
Source : Blu-Ray Kino
Support : Livret (mars 2012)

Suite à la rupture du contrat liant la MGM à Buster Keaton (généralement attribuée à son fort penchant pour la boisson ainsi qu’aux mauvaises habitudes de travail générées par son divorce avec Natalie Talmadage), l’acteur se retrouve dans l’incapacité de travailler pour tout autre grand studio. En guise de réponse, il quitte Hollywood pour saisir des opportunités à l’étranger, obtenant un rôle dans Le Roi des Champs-Elysées (1934) chez Nero Films à Paris et The Invader (1935), film produit par Sam Spiegel à Londres. Dès son retour aux États-Unis, Keaton se rend compte que ses perspectives n’ont guère évolué. Dans le livre Buster Keaton Remembered, Eleanor Keaton et Jeffrey Vance racontent : « son ami Ernest Pagano (coscénariste sur Le figurant en 1929) le convainquit en 1934 de rejoindre la société américaine Educational Films, qui lui promettait de tourner six films par an, payés 5000 dollars pièce. »

Au départ, la société fondée en 1919 par Earle W. Hammons a pour intention de produire, comme son nom l’indique, des films pour les écoles. En réalité, Educational Films se tourne rapidement vers les courts-métrages comiques, domaine dans lequel elle devient chef de file tout au long des années 20 avec des stars comme Lloyd Hamilton et Lupino Lane. Cependant, au début des années 30, la société n’a plus la même importance au sein de l’industrie du cinéma. Les courts-métrages doivent être bon marché et réalisés aussi vite que possible. Ceux de Buster Keaton sont limités à un budget de 20 000 dollars chacun ; le premier quart étant réservé à Buster, il ne reste guère que 15 000 dollars pour financer les décors, les accessoires, les costumes et les seconds rôles. En général, plusieurs films sont tournés à la fois et on les boucle en trois à cinq jours, le tournage se prolongeant parfois jusqu’au petit matin pour des raisons financières.

***

SHÉRIF MALGRÉ LUI [Educational 0105]
Sortie : 16 mars 1934

Le premier court-métrage marque un bon démarrage de la série. Buster exploite les nombreuses opportunités de gag que lui offre le scénario du film. Jouer les gros bras n’est pas son point fort, les petits imprévus et autres gags désinvoltes sont donc légion. Par exemple, le pistolet qu’il trouve avec le badge dans le bureau du Shérif semble avoir une volonté propre. Quand Buster tire en direction d’un seau traînant par terre, c’est un lampadaire qui est touché ; perplexe, il tente de viser le lampadaire, et finit par toucher le seau. Il s’agit d’une variation d’un gag utilisé dans Malec champion de tir (The High Sign, 1921). Plus tard, alors qu’il tente de se battre contre tout un gang, il utilise des tonneaux vides comme des boules de bowling qu’il lance en direction des hommes de main. Bien entendu, les voilà qui s’écroulent comme des quilles.

Aux côtés de Buster Keaton, Warren Hymer est un personnage familier qui jouera dans des dizaines de films pendant les années 30 et 40 : des rôles de brute et autres acolytes, souvent comiques. Les traits diaboliques de Leo Willis seront quant à eux connus des fans de Laurel et Hardy. On le retrouve avec Stan et Ollie dans En dessous de zéro (Below Zero, 1930), Sous les verrous et Les deux légionnaires (Pardon Us et Beau Hunks, tous deux de 1931), Le bateau hanté (The Live Ghost, 1934), Bons pour le service (Bonnie Scotland, 1935) et La bohémienne (The Bohemian Girl, 1936).

L’HORLOGER AMOUREUX [Educational 0110]
Sortie : 31 mai 1934

Le parallèle le plus évident à L’horloger amoureux est Sportif par amour (College, 1927), dans lequel les désastreuses tentatives de Buster aux épreuves athlétiques universitaires échouent avant que sa compagne ne soit menacée. Alors, dans un complet renversement de situation, il accomplit ces mêmes prouesses sportives en cherchant à lui porter secours. La jeune fille est ici jouée par Dorothy Sebastian, rôle féminin principal cinq ans plus tôt dans Le figurant (Spite Marriage, 1929), qui tient le numéro de la mariée que l’on doit « mettre au lit », que Keaton continuera à utiliser les années suivantes. Buster est immédiatement attiré par la beauté, la joie et la vivacité de Sebastian. Il continuera de la fréquenter de manière plus ou moins officielle pendant plusieurs années, en dépit de ses mariages à Natalie Madge et Mae Scriven, et de celui de Sebastian à William Boyd. En véritables âmes sœurs, tous deux sont bons vivants : Dorothy doit son surnom « Slam » (littéralement « Vlan ») à sa propension de tomber par terre au moindre excès d’alcool. En 1934, Dorothy n’a plus autant la côté à Hollywood et doit entièrement ce rôle à Buster. Bien que cette camaraderie soit manifeste, la réunion se fait à titre exceptionnel. En effet, Dorothy est contrainte à la retraite partielle avant de reparaître en 1937. Elle jouera son dernier rôle dans le film de Cecil B. DeMille Les naufrageurs des mers du sud (Reap the Wild Wind, 1942). Elle meurt en 1958.

Dans la distribution, on retrouve également Harry Myers, le malheureux spectateur dans la foule. Comédien très recherché dans les années 20, il participe à plusieurs films, notamment avec un rôle titre dans A Connecticut Yankee (1921). En 1926, on le considère déjà comme une star en décrépitude alors qu’il travaille avec Stan Laurel sur le court-métrage Get ‘Em Young, film qui marque le retour de Laurel comme acteur après un petit passage derrière la caméra. Ironiquement, Stan obtient le rôle après le désistement d’un certain Oliver Hardy, qui s’est brûlé le bras en essayant de retirer une cuisse d’un agneau rôti dans un four – Stan étant persuadé de prendre sa place. Harry Myers continue de travailler avec des rôles de plus en plus petits jusqu’en 1931, date à laquelle Charlie Chaplin lui offre son plus grand rôle : le millionnaire ivre dans Les lumières de la ville (City Lights), qui ne traite Chaplin en ami uniquement en état d’ébriété. Un rôle secondaire brillamment interprété par Myers. Malheureusement, cela n’est pas suffisant pour assurer le retour en force tant espéré. Il décède en 1938. Sa dernière apparition filmée remonte à Deux bons copains (Zenobia, 1939), film avec Oliver Hardy et Harry Langdon, sorti après sa mort.

PALOOKA FROM PADUCAH [Educational 5107]
Sortie : 11 janvier 1935

Bien que l’intrigue soit effectivement élémentaire, la simple vue d’un Buster Keaton hirsute et de trois autres membres de sa famille dans la distribution rend le film très amusant. Un lien évident unit les Keaton depuis leurs années de travail commun dans le circuit vaudevillesque. Buster reprendra le thème « hillbilly » du plouc montagnard deux ans plus tard dans La roulotte d’amour (Love Nest on Wheels, 1937), une nouvelle fois accompagné de trois membres de la famille (Harry prenant la place de Joe). Une fois n’est pas coutume, il ne joue pas le rôle d’Elmer dans ce court-métrage. Ce nom de personnage lui colle à la peau, avec pas moins de quatre films sur sept des films parlants tournés avec la MGM et quasiment l’intégralité des courts-métrages Educational, à l’exception de Shérif malgré lui et The Timid Young Man.

LES RIVAUX DE LA POMPE [Educational 5110]
Sortie : 22 février 1935

Dans la vie, Buster a toujours été un inconditionnel du baseball. Le tournage des Rivaux de la pompe a dû être pour lui un véritable plaisir. Le match en lui-même, presque entièrement muet, intègre de nombreux gags que Keaton déploie dans les rencontres caritatives de baseball qu’il aide à organiser, sketches qui demandent souvent le soutien d’une petite troupe de comédiens. Parmi les gags, une batte de baseball géante, une base accrochée à la cheville d’un défenseur par un élastique (afin d’éviter que le joueur adverse ne marque un point), ainsi qu’une batte fendue en deux pour que l’on puisse y loger une balle de revolver. La frappe explosive qui en résulte terrorise l’équipe adverse qui se jette à terre, permettant à Buster de marquer le point de la victoire.

Les rivaux de la pompe marque aussi la première apparition d’Harold Goodwin aux côtés de son grand ami dans les productions Educational, avant de ressurgir dans Trois prétendants (Three on a Limb, 1936) et Grand Slam Opera (1936), Candidat à la prison (Jail Bait, 1937) et Dito (Ditto, 1937). Le film présente également la ravissante Lona Andre dans le premier des trois courts-métrages Educational qu’elle tournera avec Buster. Elle jouera dans The Timid Young Man et Trois prétendants, bien que les fans de Laurel et Hardy se souviennent davantage de son rôle de Lily dans le film C’est donc ton frère (Our Relations, 1936). Lona Andre quitte le métier à la fin des années quarante pour devenir une brillante femme d’affaires. Elle décède le 18 septembre 1992 à l’âge de 77 ans.

[vidéo non disponible]

ROMANCE DANS LE FOIN [Educational 5112]
Sortie : 15 mars 1935

On peut naturellement rapprocher Romance dans le foin au court-métrage des années 20 de Buster, Le neuvième mari d’Éléonore (My Wife’s Relations, 1922). Jane Jones ressemble à Kate Price, la belle-mère mémorable de Buster dans le film muet. Leurs manières brutales sont similaires dans les deux films. La même année, on tombe sur une séquence de vaisselle brisée dans le court-métrage de Laurel et Hardy Qui dit mieux ? (Thicker Than Water, 1935). Certains gags du grenier ressemblent à une scène dans le film Les compagnons de la Nouba (Sons of the Desert, 1933) de Stan et Ollie. La « conscience » de Buster est bien réalisée via une double exposition créant un second Buster fantomatique à l’écran. Il n’est pas donné à tout le monde de terminer un film en se tirant une balle dans le dos ! On retrouvera ce gag final quatre ans plus tard, dans le premier court-métrage Columbia de Buster Nothing But Pleasure (1940), avec une légère variation – le pistolet remplacé par un caillou, lancé par la main experte de Dorothy Appleby.

HÉROS DE LA MARINE [Educational 5116]
Sortie : 5 mai 1935

Héros de la marine semble sacrifier à la vieille combine de Mack Sennett, consistant à créer une histoire autour d’un lieu particulier dans lequel le réalisateur a obtenu l’autorisation de filmer ; dans le cas présent, l’enceinte d’un bâtiment de l’U.S. Navy. Les gags récurrents fonctionnent bien, que ce soit la prison comme « case départ » ou la file d’attente bloquant systématiquement l’accès de Buster à sa pitance. Le premier gag dans la queue rappelle celui utilisé dans Malec l’insaisissable (The Goat, 1921). Vernon Dent est quant à lui connu aujourd’hui pour ses apparitions fréquentes dans les courts-métrages des Trois Stooges.

THE E-FLAT MAN [Educational 6102]
Sortie : 9 août 1935

Loin d’être parmi les court-métrages les plus mémorables de Buster, on a ici affaire à un cas d’opportunités manquées. La scène dans le train est un non-évènement complet. Une fois embarqués, les tourtereaux sont enfermés à l’intérieur d’une voiture qui, via un panoramique de caméra, se révèle être un wagon réfrigéré. Plusieurs situations cocasses viennent à l’esprit, mais c’est une chute plutôt faible qui est favorisée ici, la porte ouverte ne révélant qu’un feu allumé par Buster et son amie. Il demeure toutefois un charmant rappel d’une gloire passée : pour tenter de semer l’officier de police dans les champs de blé, Buster se met à nouveau dans la peau d’un épouvantail, comme il l’a fait en 1921 dans le court-métrage du même nom. Parmi les seconds rôles, Si Jenks, qui semble avoir toujours joué des anciens grisonnants, réapparaîtra onze ans plus tard avec un rôle presque identique dans Terre divine (God’s Country, 1946).   □ B.M.

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