[BD] Otto T. – Le bonhomme au chapeau

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Auteur : Otto T.
Titre de l’album : Le bonhomme au chapeau
Année de parution : 2005
Éditeur: FLBLB
Collection : –

Au-delà des théories séquentielles de Will Eisner, sans revenir à des origines trop lointaines, lourd est l’héritage du neuvième art. Surtout quand on cumule les expérimentations des comics américains et le particularisme des mangas nippons aux innovations de la bande dessinée franco-belge. Doux euphémisme ! Parmi les nombreuses problématiques que cela sous-tend : quels moyens possèdent les auteurs actuels pour parvenir à transgresser les limites ? Une réflexion possible est proposée par Thomas Dupuis, alias Otto T. à travers son album Le bonhomme au chapeau. Co-fondateur des éditions FLBLB, ce dessinateur publie les travaux d’une grosse trentaine d’auteurs (Gébé, Osamu Tezuka), ainsi que des œuvres artisanales auto-éditées, garantissant aux artistes une liberté artistique et l’espace de diverses expérimentations. Si cette BD, qui au passage trahit une grande passion pour le flip-book, a piqué mon intérêt, c’est parce que précisément elle permet au lecteur même le plus analphabète de se poser des questions sur les possibilités du format, indépendamment de tout courant majeur et sans devoir se creuser la tête avec Scott McCloud.

Le bonhomme au chapeau met en scène un personnage central dans une dizaine de saynètes de longueurs variables, réunissant les personnages et recoupant des thèmes analogues. L’idée foutraque, c’est qu’à l’instar d’un John Malkovich vu par Spike Jonze, les héros sont en fait « pilotés » par des personnages tiers. Le bonhomme au chapeau est l’un de ces « acteurs » qui donnent vie aux authentiques icones de comics américain – tout comme aux figurants de roman-photo. Au fil des pages, on comprend que cette industrie souterraine du fantasme et de l’illusion commence à partir en vrille. L’objet de la quête reste un mystère, car entre salles d’attente et coulisses en tous genres, aucun dialogue n’est utilisé. Tout passe par l’image. Précisons bien « l’image » ; car non seulement Otto T. exploite le dessin pur et simple, mais aussi la photographie, jusqu’à mélanger les deux afin de créer un contraste fort entre pur réalisme et iconographie.

Ce qui est fort, c’est d’avoir su créer – en toute drôlerie – un univers bizarroïde tout en insufflant une vraie cohérence au récit, malgré des tracés minimalistes, une chronologie en zigzag et une pagination aux abonnés absents. Pour mieux dépasser les carcans habituels de la bande dessinée, Otto T. semble privilégier le cinéma comme influence méthodologique ; non pas en termes de cadre et de composition, mais plutôt dans les méthodes d’expérimentation et d’expression. Les dessins simplistes font écho aux films primitifs de l’animation, constat d’autant plus perturbant qu’en certains aspects il rappelle les travaux d’Emile Cohl, par les relations des personnages avec l’espace et la notion permanente de mouvement. De même, les mises en abyme font également penser à J. Stuart Blackton ou Osvaldo Cavandoli, à travers l’intervention de l’artiste à l’intérieur de son œuvre. Pour Otto T. une manière originale de proposer du neuf… avec du vieux !

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