[Musique] Colette Magny – Colette Mâgny, je veux chaanter

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Artiste : Colette Magny
Titre de l’album : Colette Mâgny, je veux chaanter
Année de sortie : 1979
Label : Le Chant du Monde
Genre : Art brut, Field Recording, Expérimental, Blues

Peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir touché à tout, avec plus ou moins de succès. C’est certainement la crainte de voir les ventes en berne qui refroidit plus d’un label. Dans le domaine musical français, bien que n’ayant jamais eu sa place parmi les plus grands, Colette Magny ferait figure de cas d’école. Chanson, blues, jazz, improvisation libre, musique concrète, expérimentale voire même un peu de rap : rien ne semblait limiter son expression musicale. Logique pour une chanteuse qui considérait les maisons de disques comme des « porcs ». Mais la plus singulière de ses productions audio ressemble davantage à un journal de bord qu’à un album dans son acception classique. Il s’agit de Colette Mâgny, je veux chaanter, disque sorti chez Le Chant du Monde en 1979, et enregistré avec la participation des enfants de l’I.M.P. de Fontenoy-le-Château, un centre spécialisé dans l’accueil de jeunes de 6 à 16 ans atteints d’autisme ou de troubles psychomoteurs.

« Non interventionniste au maximum, j’ai peu suggéré, beaucoup écouté et pleinement enregistré ce que les enfants ont bien voulu exprimer. »

Présenté comme ça, on imagine aisément le caractère singulier d’un tel ovni. Et c’est bien le cas : on touche ici au degré le plus expérimental de la discographie de Colette Magny, suivi dans la foulée par Thanakan (1981), une lecture pour le moins « libre » de textes d’Antonin Artaud. Après une brève introduction chantée, il nous est proposé un mélange rugueux de collage de sons et de field recording, traversé de moments de pur art brut, notamment à travers le jeu d’instruments spécialement fabriqués pour l’occasion. Le choix de la pochette du disque n’est donc pas anodin… Sur le papier, cette démarche pourrait faire penser au cultissime Philosophy of the World du groupe The Shaggs, sorti dans les années soixante. Pourtant, il est plus proche dans l’esprit d’une initiative comme Les dents du singe de René Laloux, ce court-métrage d’animation réalisé presque exclusivement par des patients d’une clinique psychiatrique.

« Pour le disque, j’ai choisi et imbriqué, parmi de nombreux enregistrements, les éléments sonores qui m’ont semblé le mieux traduire ce que j’ai cru comprendre de ces enfants. »

C’est un document relativement difficile d’écoute pour les non-avertis. Non pas qu’il aurait pu plaire aux futuristes italiens ou qu’il s’adresse aux férus de musique atonale – il est trop « organique » dans son esthétique, trop parsemé de petites chansons. Colette Magny semble davantage vouloir apporter un témoignage à travers l’objet musical, exploiter l’usage sonore d’un monde différent pour laisser la parole à des enfants avec qui « on peut pas dire ce qu’ils ont dans le coco ». Derrière ce « canular » expérimental, comme aimait le préciser Magny, se dessine donc la lutte contre l’ignorance qui amène à l’exclusion. La forme possède surtout un fond.

En vérité, l’art de la « Magnyfique » n’est pas tant de faire vibrer le blues. Avec son œuvre à portée politique, elle est une figure de résistance au même titre que le sont Straub et Huillet dans leurs créations cinématographiques. Chaque disque porte en lui la marque de la colère, de l’indignation. Magny va chercher l’auditeur pour le faire réagir, quitte à laisser le micro aux premiers intéressés. Malgré le dessin quasi-schizophrène de la pochette, elle lance un violent réquisitoire contre ceux qui s’en prennent aux « débiles mentaux » et au personnel en charge de leur éducation. Le message doit passer coûte que coûte : « On est comme eux… Qu’ils nous fassent pas des bêtises ». Une question se pose alors : un album peut-il être une expérience presque plus sociale que musicale ?

« Je les aime. »

Au-delà de toutes ces considérations purement théoriques, Colette Mâgny, je veux chaanter reste un acte musical intrigant, voire franchement intéressant, avec ses sifflets à coulisses et ses guimbardes-épinettes, dont un final atonal de toute beauté brute. C’est un peu la mélodie du bonheur, avec ses dissonances et ses limites propres. Les enfants s’amusent, ils ont l’occasion de s’exprimer, de chanter. L’album se paie même le luxe d’être poignant avec la chanson « Si je dis », une mise en musique de paroles d’un enfant ; Colette Magny en fait un blues envoûtant, semblant renouer avec des sentiments universels… Un chant du vécu, assez primaire, comme avant. Et si la grande dame avait vraiment réussi son coup ?

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[Musique] Lönndom – Viddernas toly kapitel

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Artiste : Lönndom
Titre de l’album : Viddernas toly kapitel
Année de sortie : 2010
Label : Eisenwald
Genre : Dark folk, Néofolk

On le sait, les pays scandinaves sont de véritables viviers de groupes de métal. Ils sont également présents sur le terrain du dark folk, courant musical s’adressant avant tout aux métalleux dépressifs en manque d’affection. Bien que réservé avant tout aux connaisseurs, il s’agit en tout cas d’un genre plus accessible que le black metal norvégien de Burzum et plus doux que le sludge atmosphérique de groupes comme les Suédois de Cult Of Luna. Une découverte récente : Lönndom, duo lui aussi originaire du pays Ikea, plus précisément de la province de Västerbotten, qui envoie du petit bois – et pas du contreplaqué.

Composé de membres d’Armagedda et de Völkermord, le groupe propose en 2010 Viddernas tolv kapitel, un second album qui creuse un écart stylistique avec leur première production discographique, Fälen från norr (2007), disque teinté de métal noir insistant davantage sur les circonvolutions propres au drone. Relativement hypnotique, il offrait même quelques instants de nature, caractéristique que l’on retrouve dans Viddernas Tolv Kapitel. Sur le papier en tout cas, de belles choses nous sont promises, inspirées par les compositions norvégiennes d’Ulver.

Sorti sur Eisenwald, le label allemand à l’origine de la réédition de Fälen från norr, le deuxième opus de Lönndom sonne en réalité comme un enregistrement maison – ou plutôt un enregistrement en pleine nature. Indéniablement, il s’agit d’un album cosy. L’ambiance est sereine, à l’image de la pochette du disque : assis au coin du feu, les membres du groupe semblent animer ce lac de flux et reflux par leurs chants profonds et incantatoires, à la limite du rituel chamanique. L’enregistrement possède toute la magie d’une session acoustique prise sur le vif, avec les inévitables écueils d’un concert à moitié improvisé. On peut cependant reprocher un manque de renouvellement durant l’heure complète de programme : Viddernas Tolv Kapitel semble malheureusement tourner en rond, surtout pour ceux qui comme moi ne maîtrisent pas la langue de Bergman. C’est d’autant plus dommage que le livret minimaliste ne donne aucune indication sur la signification des paroles…

On a donc du mal à s’y retrouver dans l’ensemble, même s’il faut bien avouer que se perdre dans ces bois-là fait partie du charme de l’aventure. Pas besoin d’être un expert pour apprécier l’album à sa juste valeur. L’auditeur malin saura donc faire fi de l’eau stagnante, pour mieux capter la mélancolie crépusculaire qui s’ouvre par des compositions aux mélodies chamarrées, dont les couleurs vives s’offrent comme le spectacle annuel des feuilles d’automne.

Deux ans que ça dure… et c’est pas fini

2ansUne deuxième année de bouclée pour le blog. C’est un bon début, même si le rythme des mises à jour a été fortement revu à la baisse depuis sa création [bis repetita]. Pas mal de choses ont évolué, et je suis plutôt content de voir que les traductions de documents ont eu un certain succès – du moins, ils m’ont valu quelques remerciements à droite et à gauche. Le plus important, c’est bien que le contenu que l’on trouve ici soit un minimum qualitatif. En marge de quelques news d’importance, je publie de moins en moins d’annonces relatives aux articles à paraître, pour ne laisser que des écrits qui m’ont demandé un investissement personnel. Ce que je regrette un peu, c’est de ne pas avoir pu concrétiser certains projets par manque de temps : il était question d’une série de chroniques sur les albums de Neil Young, une thématique cinéma tchèque (d’où la biographie de Svankmajer du mois dernier), et plein d’autres petites choses. Or cela n’a pas été possible jusqu’à maintenant, mon activité professionnelle étant assez chronophage.

Dans les semaines à suivre, je compte publier de nouveaux articles, mais aussi en reprendre quelques-uns de mon ancien blog. Pas forcément pour meubler, mais plutôt pour rassembler mes écrits sur un même site web. Ce serait revu et corrigé pour la plupart, car évidemment avec quelques années de plus, ma vision des choses aura certainement changé. Je ne sais d’ailleurs même pas si je vais en reprendre beaucoup ; dans tous les cas, ces chroniques apparaîtraient dans une sous-catégorie spéciale. Amis visiteurs, n’hésitez pas à me dire si cela vous paraît intéressant, ou si au contraire vous ne trouvez pas la démarche bienvenue. Dans le même temps, je continuerai bien sûr à proposer des traductions de textes quand j’en aurai l’occasion.

J’espère vous revoir l’année prochaine. D’ici là, portez-vous bien !

[Traductions] Interview de John Fahey (Perfect Sound Forever, octobre 1997)

On connaît bien les travaux emblématiques de John Fahey, son style de guitare unique qui a inspiré bon nombre de musiciens, à commencer par Jack Rose. Ce que l’on connaît moins, c’est sa période expérimentale des années 90. Ce court entretien accordé au magazine Perfect Sound Forever met en lumière cette période artistique méconnue du grand public, tout en redéfinissant les traits de la personnalité de Blind Joe Death. Ce dernier livre ici ses impressions sur les artistes qui ont influencé son travail et ceux qu’il a connus, la scène alternative et l’expérimentation, et n’oublie pas de critiquer les hippies (ce qui fait toujours du bien, rappelons-le). Une véritable métamorphose, quelques années avant son décès prématuré.
Merci de respecter mon travail et de ne pas vous approprier mes traductions. C’est par pure volonté d’échange que je mets ces écrits à votre disposition. Contactez-moi pour tout autre renseignement.

JohnFahey

Auteur original : Jason  Gross
Source : Perfect Sound Forever
Support : Magazine en ligne (octobre 1997)

PSF : Les derniers disques que vous avez enregistrés témoignent d’un véritable éloignement par rapport aux précédents. Comment l’expliquez-vous ?
Ça fait longtemps que je fais ça, depuis 1964-1965. J’ai réalisé des bruitages et des collages pour quelques disques. La plupart des gens ne s’y retrouvait pas, alors j’ai arrêté pendant un moment, jusqu’à récemment. Et puis il y a eu cette nouvelle scène musicale en pleine évolution. Je n’en avais jamais entendu parler, et puis BOUM, je découvre tout ça d’un bloc. Alors en privé, j’ai fait des expérimentations pendant des années et des années. Du coup, ce n’est pas nouveau pour moi. Ça prend plutôt une bonne tournure. Quelques vieux fans me demandent parfois de jouer des trucs vieux de trente, quarante ans. Je les envoie juste balader. Je m’y retrouve plus à jouer pour un public de jeunes gens à l’esprit ouvert, plus versés dans l’expérimental. Je ne veux pas vivre dans le passé.

PSF : Qu’avez-vous écouté qui vous a donné le courage de vous lancer ?
Cluster, Bang on a Can, Sonic Youth. Quelques compositeurs classiques comme Stockhausen. Jim O’Rourke, qui faisait vraiment des trucs barrés et Loren Mazzacane Connors, un bon ami à moi.

PSF : Qu’est-ce qui vous a attiré là-dedans ?
C’est plus amusant. Pas besoin de garder une structure rigide. On peut s’amuser en diversifiant et en expérimentant. Des fois, ça fonctionne plutôt bien, des fois non. Maintenant plus que jamais, les gens vous respectent quand vous expérimentez, même quand le résultat n’est pas vraiment à la hauteur. Les labels et les distributeurs sont plus nombreux sur ce terrain également.

PSF : Comment percevez-vous l’étape actuelle de votre carrière ?
Pour ma part, je suis au sommet de ma carrière. J’en ai vraiment marre des vieux trucs. Ça commençait à me rendre malade. Je ne pensais pas pouvoir tirer mon épingle de ce jeu (rires).

PSF : Alors selon vous, les gens vous paraissent plutôt d’accord avec ça ?
Ouais, ils ont de bien meilleures connaissances en matière de musique, de bruitisme et d’expérimentation. Je n’ai plus affaire à des hippies. J’ai toujours détesté les hippies. L’autre jour, je suis tombé sur une de ces filles, à l’occasion du concert de mon trio à Portland. Tout le monde était à fond, sauf cette vieille nana qui foutait le boxon parce qu’elle voulait écouter des machins vieux de quarante balais. Je lui ai dit « va chier ». Elle a commencé à crier, tout ça, alors il a fallu la faire sortir. Je m’en fous. Tire-toi. De toute façon, ces trucs étaient trop sentimentaux.

PSF : Alors vous détestez vos anciennes productions ?
Il y avait de très bonnes choses. La plupart du temps, c’était du sentimentalisme cosmique. J’aime bien, mais je n’écoute plus. Je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça. J’imagine que je n’avais pas appris assez de choses.

PSF : Quels sont vos albums préférés ?
Seulement les trucs récents. Comme ce qui vient de sortir chez Thirsty Ear.

PSF : Alors vous n’écoutez pas vos anciens enregistrements ?
Quasiment jamais.

PSF : Dans vos derniers écrits, vous dites avoir plus de choses en commun avec la scène alternative et les punks qu’avec la scène folk et les hippies.
Ouais. Je n’ai jamais pensé avoir quelque chose en commun avec eux. Je ne les aime pas. Je n’ai jamais été un hippie. Ils se sont approprié ma musique et ils ont cru que j’étais l’un d’entre eux. Ils croyaient que je partageais leur système de valeur, que je prenais du LSD, etc. En fait, ils ne me comprenaient pas, mais ils achetaient mes disques et je devais jouer pour eux. Je les ai toujours détestés en secret. Maintenant, ils dévoilent leur véritable nature. J’ai toujours su que c’étaient des maniaques du contrôle. Comme cette meuf, ils veulent tout contrôler, moi y compris – ils se foutent bien de la liberté de chacun. Ce nouveau groupe est entièrement pour la liberté, et c’est un sacré progrès, même si avec les gens de la scène alternative, il y a des choses qui se font et d’autres qui ne se font pas. Mais en comparaison, on voit bien que le mouvement hippie a toujours été assez strict, alors que son discours était axé sur la liberté. C’était bidon.

PSF : Cela fait un moment maintenant que vous habitez dans l’Oregon. Est-ce que cela influence votre travail, après avoir vécu si longtemps en Californie ?
Je ne crois pas que ça influence mon travail. Je ferais la même chose sans me soucier d’où je suis. Je me sens mieux ici pour un paquet de raisons, mais ça n’affecte pas ma musique.

PSF : Vous avez écrit sur l’anthologie d’Harry Smith par le passé. J’imagine qu’elle a eu un énorme impact sur vous.
Nous tous qui avons appris la musique folk, la vraie « folk music », pour savoir jouer de la guitare et nous exprimer, nous avons tous écouté cette anthologie et nous l’avons exploitée en profondeur pour doper notre propre créativité.

PSF : Alors vous pensez que c’est votre point de départ ?
Oui, je crois.

PSF : Vous dites que pour vous, c’est de la VRAIE musique folk. Pourquoi cette distinction ?
Eh bien, il y a de la fausse musique folk. Genre un gamin de banlieue qui chante du blues noir ou qui joue de la musique des Appalaches.

PSF : Mais vous trouvez qu’il y a quelque chose d’authentique dans les enregistrements proposés par Harry Smith.
En dehors de considérations purement esthétiques, les émotions qui y sont exprimées sont bien plus directes. Elles viennent de gens qui ont vécu une vie typique du folklore américain, pas une vie de banlieusard chantant la tradition de quelqu’un d’autre. Ceux-là ne parviennent pas à trouver leur propre mode d’expression. Ce serait intéressant de les entendre chanter l’angoisse des banlieues, mais ce n’est pas le cas. En tout cas, ce serait authentique d’en parler dans leur musique. Le drame des banlieues, en quelque sorte (rires). Mais ils ne le font pas. Croyez-moi, il se joue pourtant des drames là-bas, mais au lieu de ça ils ont adopté la musique d’autres cultures auxquelles ils ne connaissent rien. Ils ne font pas du très bon boulot. Je n’ai jamais compris ça.

PSF : Certains trouvent une dimension spirituelle à vos travaux. Vous partagez leur avis ?
C’est une idée fausse que se sont faits les gens. Je ne comprends vraiment pas. Je me demande de quoi ils parlent. Je ne vois pas de quoi VOUS voulez parler, sans vouloir vous vexer.

PSF : D’où vous vient l’inspiration ?
Oh, je m’assois, j’improvise et j’essaie d’atteindre mon inconscient. Dès qu’il s’ouvre, quelque chose arrive. Je fais ça depuis longtemps maintenant. Ça demande un minimum d’organisation quand on passe à l’étape de l’enregistrement, si on veut jouer en duo, faire des collages, tout ça. Dans tous les cas, quand l’inconscient est prêt à surgir, ça devient intéressant. Certains guitaristes ne font pas attention à ce qu’ils ressentent, et ça sonne un peu faux. Sans cette sensibilité, ce n’est pas vraiment passionnant.

PSF : Il y a longtemps, vous avez étudié la philosophie allemande. Est-ce que cela a influencé votre travail d’une manière ou d’une autre ?
Je me suis trompé de cursus. J’aurais dû faire de la psychothérapie. J’en ai fait pendant une dizaine d’années (entre 1970 et 1980) et c’est vraiment ce que je cherchais à apprendre. Je me suis juste planté (rires).

PSF : Alors, vous pensez que ça vous a beaucoup aidé ?
Oh oui. Ça m’a sauvé la vie.

PSF : Alors c’est une bonne chose d’avoir été sauvé grâce à ça.
Ouais, c’est certain !

PSF : Tout à l’heure, vous parliez de vos influences. Vous aviez déjà parlé de Stockhausen et même de Charles Ives par le passé, si je me souviens bien.
C’est plutôt Ives qui a été une influence majeure. Voilà encore tout le charme de l’expérimentation. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.

PSF : Que pensez-vous du travail de certaines personnes avec qui vous avez travaillé par le passé, comme Leo Kottke ou George Winston ?
Je ne m’intéresse pas vraiment à ce que fait Kottke. Je ne sais même pas où il en est. George est un bon copain, mais je ne sais pas non plus ce qu’il fait. Je crois qu’il y a une sorte de guerre culturelle entre la classe moyenne polie qui écoute des choses légères voire déplorables, et les gens de la scène alternative. Kottke n’en est pas encore sorti. George sait probablement que ça existe. Il est plus rebelle dans l’âme. Quand il était au lycée, il avait décidé avec des amis de foutre en l’air un débat télévisé en Floride ; ils avaient enregistré plus de 90 minutes d’appels téléphoniques loufoques et c’était franchement marrant. Même si sur scène, George joue une jolie musique assez passive, en coulisses il est vraiment bon. C’est un excellent guitariste. Son esprit est très rebelle – mais il ne le montre pas en public.

PSF : Pouvez-vous nous parler du label Takoma ? C’est vous qui avez lancé ce projet, c’est ça ?
Ouais, c’est ça. La raison pour laquelle je m’en suis débarrassé, c’est que la plupart de mes employés avait commencé à prendre de la cocaïne et que je ne pouvais rien y faire. Ce n’est pas qu’on perdait de l’argent ou autre. On vendait encore des disques. J’ai juste fait la grosse erreur de refiler du stock aux employés, alors je ne pouvais plus les virer. Tout ce que je pouvais faire, c’était mettre la clé sous la porte. A ce moment-là, Chrysalis a proposé de racheter la boîte, alors je leur ai dit « banco ».

PSF : A l’origine, quelle était l’idée derrière ce label ?
C’était d’enregistrer des gens comme moi, de la musique alternative, du blues et de la musique ethnique.

PSF : On m’a dit que vous aviez l’habitude d’acheter des disques en faisant du porte-à-porte. Vous le faites encore ?
(rires) Non, plus maintenant. Les magasins de disques sont très pratiques. Et puis aujourd’hui, tout le monde fait des vide-greniers.

PSF : Quand vous avez commencé à faire de la musique, votre style était vraiment unique. Pas de groupe, pas de paroles, juste de la guitare solo. Comment avez-vous pris cette décision ?
J’avais essayé de chanter, mais je suis vraiment mauvais. Alors j’ai écrit des morceaux de guitare.

PSF : Qu’écoutiez-vous dans le temps ?
J’écoutais beaucoup de Bartók et de Chostakovitch, et du bluegrass de l’époque. Les trucs dénichés par Harry Smith et d’autres disques similaires. J’ai essayé de faire fusionner tout ça dans un style de guitare particulier, et je crois m’en être plutôt bien sorti.   □ B.M.