[Musique] Daft Punk – Random Access Memories

Daft Punk – Random Access Memories (2013)

Artiste : Daft Punk
Titre de l’album : Random Access Memories
Année de sortie : 2013
Label : Columbia
Genre : Nu-Disco, Synth-Pop, Smooth Soul

Enfin ! Après huit ans d’attente, Daft Punk revient avec un nouvel album. Cela tombe bien, on a tous besoin de se lâcher un peu. L’objectif de Random Access Memories : rendre hommage à la pop californienne des années 60-70, la remettre au goût du jour pour combler le fossé générationnel qui sépare la dance de l’époque à la musique actuelle. Alors quand la French touch s’attaque au domaine rutilant de la disco-pop, tant décriée en son temps par les créatifs tels que Frank Zappa, le résultat est-il à la hauteur des attentes ou l’ensemble ressemble-t-il davantage à un caprice de stars de la musique ?

Tout d’abord, il serait inutile de rejeter cet album en brandissant l’argument de la facilité, que Daft Punk peut se permettre d’exploiter cette esthétique sonore pour opérer un virage stylistique. Laissons de côté cette théorie du complot. Bien que le duo frenchy soit le parangon du groupe disposant de la meilleure exposition possible, parlons plus simplement d’une envie, d’un concept réfléchi accouché par une démarche intellectuelle et artistique. La prétention, car elle existe bel et bien, c’est de donner au monde l’envie de danser.

Et pour cela, Daft Punk s’est entouré d’un certain nombre de collaborateurs, dévoilés par la série de vidéos « The Collaborators ». Random Access Memories, ce n’est pas un album purement électro. On parle d’enregistrement studio avec de vrais musiciens, garants d’une certaine authenticité : de Giorgio Moroder (producteur-arrangeur notamment de Donna Summer) à Nile Rodgers (le très « chic » guitariste disco-funk), avec en prime la nouvelle génération de talents comme Pharrell Williams (N.E.R.D), Julian Casablancas (The Strokes) ou Panda Bear (Animal Collective). Le ton est donc donné. Daft Punk a investi beaucoup de moyens pour produire leur dernier disque.

Seulement voilà, dès les premières minutes, malgré des premières mesures prometteuses (« Give Life Back to Music »), ce qui suit n’arrive pas à décoller et retombe un peu comme un soufflé. La house de Homework (1997) et le feeling disco électro de Discovery (2001) cèdent leur place à une nu-disco peu novatrice, une synth-pop un peu lisse (« Game of Love ») quand elle n’emprunte pas ses idées à un David Bowie période Low (« Touch »). Le comble : la présence d’un morceau easy listening carrément insipide, « Within ».

La Face A souffre en particulier de morceaux trop longs et d’arrangements un brin pompeux (« Giorgio by Moroder », « Touch »). Le début de l’album se révèle donc fade, pas suffisamment space funk et trop propre sur lui. Heureusement, la Face B sauve Random Access Memories avec de meilleures compositions : de la pop bien sentie (« Fragments of Time »), une coda puissante rappelant les meilleures heures du groupe (« Contact ») et bien sûr le tube du moment (« Get Lucky »), dans un mix encore plus long qui ravira les fans insatiables. Décomplexés vis-à-vis de leur amour de la variété des 70s, les robots de Daft Punk semblent ainsi vouloir eux aussi proposer une musique plus hype, s’éloignant de l’électro pure et dure pendant la quasi-intégralité de l’album.

Le premier reproche porte malgré tout sur ce regard un tantinet trop porté sur le passé. Le gros son n’est plus vraiment présent. Le vocoder se fait plus timide, contrairement aux voix trop présentes sur des pistes comme « Instant Crush ». Certains gimmicks font écho à des ritournelles disco bien connues de l’inconscient collectif. En fait, si le but était de mettre en lumière un style particulier et son époque, alors le pari est réussi. Mais à quel prix ?

Celui du sacrifice d’une première partie d’album sur l’autel d’une musique trop léchée. Bien sûr, la critique est facile, car il est complexe voire impossible de se réinventer dans les conditions d’un hommage. Random Access Memories semble tué dans l’œuf dans sa conception-même. Pourtant, cet album en demi-teinte est loin d’être mauvais, la Face B proposant de vrais instants de bonheur. Disons que pour la première fois de son histoire, le groupe accouche d’un disque qui divisera les fans. Quoi de plus normal pour un artiste de prendre parfois son public à contrepied ?

Au final, Random Access Memories est un hommage à la pop vintage made in Los Angeles qui pèche par son hétérogénéité, une remarque que l’on avait déjà pu entendre au sujet de leur dernier album studio en date, Human After All (2005) ; mais si l’on s’en réfère au dernier album live de Daft Punk, nul doute que les matériaux sonores employés pour confectionner ce disque ne manqueront pas de bâtir les fondations de nouveaux mix endiablés d’un hypothétique Alive 2017 !

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Skin Graft réédite le premier opus de U.S. Maple en vinyle collector

Long Hair in Three Stages 2013

Petit évènement pour les amateurs du groupe U.S. Maple, le groupe noise rock de Chicago le plus barré de tous les temps. Clamons-le haut et fort à tous les fans de Captain Beefheart, de Pere Ubu et de Devo réunis : vous, oui vous, malheureux fan qui n’aviez pas pu mettre la main à l’époque sur l’édition vinyle de l’album Long Hair in Three Stages, vous allez enfin pouvoir vous rattraper cette année. Cette petite merveille de no wave, sortie en 1995 dans une luxueuse édition, s’arrache aujourd’hui à prix d’or. Bonne nouvelle : depuis mi-avril, vous pouvez précommander la réédition de cette petite merveille de no wave… pour à peine moins cher ! Sic. Car en effet, le vinyle revient dans les bacs du légendaire label Skin Graft dans une édition encore plus laquée, mais qui devrait vous coûter un bras et une jambe, comme on dit outre-Manche.

Enfin, pas une seule édition. Il y en aura bel et bien trois, séparément : pour la première fois, une version classique, ainsi qu’une version collector et la version Die Cut. Ces deux dernières partagent le même effet wow : une belle pochette en aluminium, avec le nom du groupe gravé à l’intérieur. Vous pouvez admirer tout cela plus en détail sur la page de précommande du label. Pour le moment, comptez 30€ pour le vinyle simple. L’offre propose également la version collector à environ 50€ frais de port inclus, tandis que les plus fortunés (ou les plus fétichistes) se dirigeront vers l’édition découpée à 60€ environ. De quoi faire réfléchir les record geeks les plus acharnés. On notera tout de même l’inclusion de la fameuse piste bonus exclusive à la version vinyle depuis bientôt 20 ans. En tout cas, comme tout bon achat compulsif, celui-ci demande de ne pas réfléchir trop longtemps : une fois que le disque sera sorti, le prix risque bien de ne faire qu’augmenter. Le tirage des versions collector sera limitée au nombre de précommandes, dans la limite de 666 exemplaires.

Si vous ne connaissez pas encore Long Hair in Three Stages et que vous n’avez pas peur d’écouter un album aussi déstructuré que Trout Mask Replica, dans une esthétique où le blues se substitue au rock US le plus crade des années 90, il est fortement conseillé de passer à l’acte en privilégiant une édition CD plus que suffisante pour une simple découverte. Décidément, avec le nouveau master de l’album légendaire de Captain Beefheart, ce mois de mai est bien chargé.

Le Blu-Ray Pure Audio débarque en France

 

Des disques Bu-Ray purement audiophiles, voilà ce que propose en exclusivité à partir d’aujourd’hui la Fnac pour révolutionner la musique sur support physique. Rien que ça. Ces derniers temps les magasins Virgin, enseignes de l’autre géant de la « culture », ont littéralement été pris d’assaut à l’annonce de prix sacrifiés (à partir de -50% sur tout le magasin), créant des tensions entre consommateurs lambda et spéculateurs peu scrupuleux. Alors que cette enseigne est sur le point de couler, la Fnac tente un coup de poker séduisant. Lequel ? Proposer une expérience audiophile à travers l’édition Blu-Ray d’albums essentiels, sans aucun contenu vidéo. Quel objectif ? Coller au plus proche du son du master d’origine, avec pour la plupart des titres une sélection de pistes bonus similaires à celles des les éditions Deluxe.

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Le line-up de sortie propose une cinquantaine de titres au lancement, dont une grande partie a déjà été dévoilée dans certains magasins et en ligne sur le site de la Fnac. On retrouve évidemment des albums d’artistes tels que Jacques Brel, Barbara, Serge Gainsbourg et Alain Bashung, mais aussi du jazz avec Oscar Peterson, Miles Davis et John Coltrane. Un peu de soul ou de reggae ? Stevie Wonder, Bob Marley. Plus surprenant encore, la présence d’éditions de ce calibre pour The Velvet Underground ou encore Pierre Henry. Mais bien sûr, les œuvres classiques sont loin d’être oubliées avec Beethoven, Dvorak, Mahler… Mais la question qui reste sur toutes les lèvres, c’est : est-ce que la différence est là ?

Le but de la manœuvre, bien entendu, c’est à la fois de réconforter les audiophiles dans leur quête du meilleur son possible, tout en démontrant de manière didactique à un public moins averti que le CD et le MP3, c’est bel et bien fini. Il faut vanter les mérites du vinyle, du son « parfait » pour mieux présenter l’héritier légitime de ce support dépassé. Après l’avoir testé en magasin sur du matériel de pointe, on peut effectivement trouver que le Blu-Ray Pure Audio est à la hauteur du message délivré. En proposant parfois jusqu’à trois formats audio (2.0 PCM, 2.0 CD et DTS-HD), il suffit de passer du master compressé au son haute-définition pour constater que la différence est bien là.

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Évidemment, tout n’est pas rose et le Blu-Ray Pure Audio semble être destiné pour le moment à un marché de niche, celui des audiophiles bien équipés. En effet, étant donnée l’absence de tout contenu vidéo, l’unique valeur ajoutée de ce nouveau support physique est limitée au son. Il faut donc non seulement être équipé d’un lecteur Blu-Ray, mais également d’enceintes de bonne qualité. En plus de cet investissement, le coût du Blu-Ray Pure Audio est tout de même prohibitif : 25€ l’unité, hors prix vert et autres promotions. De quoi s’arracher un peu les cheveux, quand on sait que chaque disque pourrait contenir beaucoup plus qu’un seul album… A noter que pour l’achat d’un disque, vous bénéficiez d’un code pour télécharger l’album en MP3 (compressé) ou en FLAC (sans perte).

Le format n’est pas nouveau ; dans le domaine classique, le label économique Naxos avait déjà sorti des titres dans ce format haute-fidélité. Derrière toute cette promotion, tout le marketing de la Fnac, c’est bel et bien Universal Music France qui se cache. Il n’empêche que l’arrivée d’albums aussi importants dans une édition garantissant un tel confort d’écoute est une assez bonne nouvelle pour tous les « mélomanes exigeants ».