[Cinéma] Norman McLaren – A Chairy Tale

Réalisateur : Norman McLaren
Titre du film : A Chairy Tale
Année : 1957
Durée : 12 min
Genre : Stop-motion, comédie, slapstick

Le cinéma d’animation classique offre une lecture du septième art qui contraste avec la définition qu’en donne Deleuze à partir de Bergson. Car ce type de mouvement créé à partir de poses successives descend directement des ombres chinoises et autres zootropes. Il existe cependant des techniques qu’on a peine à catégoriser : le stop-motion réalisé à partir d’éléments filmés, ainsi qu’un procédé moins connu en matière d’animation, ne nécessitant pas de caméra : la peinture sur pellicule 35mm. Parmi les fers de lance de ce sous-genre, on connaît en particulier le néozélandais Len Lye ainsi qu’un certain Oskar Fischinger, moins géométrique, figures qui influenceront autant Walt Disney que les travaux expérimentaux de Stan Brakhage. Cependant, le réalisateur le plus connu à ce jour est sans aucun doute l’excellent Norman McLaren.

Avant d’aborder les travaux du Canadien, il faut d’abord souligner l’importance de l’abstraction musicale dans le cinéma d’animation. Contrairement aux compositions visionnaires de Carl Stalling, il s’agit de mettre en images une musique et non l’inverse. Dans ce domaine, on connaît surtout la magie du Fantasia (1940) de Disney et peut-être moins la fantaisie des visions de McLaren ; car l’une de ses grandes réussites, c’est d’avoir à plusieurs reprises réussi à intégrer des éléments humoristiques dans des formes simples, et ce dès ses premiers films expérimentaux.

Le court-métrage A Chairy Tale (1957) est l’aboutissement d’un long processus d’apprentissage et d’affirmation stylistique, commençant par la mise en place d’une synesthésie idiosyncratique. Après l’abstraction de Dots et Loops en 1940, McLaren réalise quelques films de propagande faisant la publicité des obligations de guerre – il faut bien manger : le didactique Dollar Dance (1943) ou le matraquage de V for Victory deux ans plus tôt. Si sa technique se perfectionne au fil du temps jusqu’au film Le Merle (1959), comptine pour enfants, on retiendra surtout Begone Dull Care (1949), film dans lequel l’instrumentation est assurée par un grand nom du jazz, Oscar Peterson.

Au début des années 1950, MacLaren réussit un véritable tour de force en stop-motion, probablement son travail le plus connu, Neighbours (1952), film expérimental qui obtiendra l’Oscar du meilleur court métrage et qui sera sans doute une source d’inspiration pour les futurs travaux de Švankmajer. La drôlerie de son humour noir, doublée d’une gentille satire de la morale chrétienne, s’effectue de manière très visuelle, dans la lignée du slapstick des films muets. La même année, avec Two Bagatelles, McLaren récidive en optant pour un mélange de techniques de stop-motion et d’abstraction musicale.

Toutes ces expérimentations définissent peu à peu le style de Norman McLaren. Pour la première fois, A Chairy Tale semble marquer un point d’orgue. Le pitch reste simple : une chaise refuse de se faire asseoir dessus par un homme désireux de lire. Ce dernier va tenter de dompter la chaise par tous les moyens à sa disposition. D’un côté, on retrouve alors l’humour slapstick allié à la technique de stop-motion, semblant créer des effets cartoons réussis ; de l’autre, l’utilisation d’un raga de Ravi Shankar comme matière sonore, rappelant ainsi les comédies bollywoodiennes. Même si l’acteur n’a pas le charisme de Buster Keaton ou de Jacques Tati, on prend plaisir à le voir se creuser la tête dans ce théâtre absurde. Pendant dix minutes se mêlent danse et poésie, avant un final attendrissant.

La fraîcheur de ce court-métrage ne se retrouve pas forcément dans tous les travaux de McLaren, qui se mettra d’ailleurs en scène dans Opening Speech : son discours de bienvenue réalisé à l’occasion du premier Festival International de Films de Montréal. De la même façon, le microphone refuse de le laisser parler, l’occasion pour lui de présenter de nouveaux gags visuels. D’aucuns pourront tergiverser sur la mise en abyme de McLaren se projetant dans la toile pour exprimer son discours sous forme d’animations ; mais si ce film-là définit peut-être mieux encore son œuvre, le résultat ressemble davantage à un exercice de style auquel manque la poésie d’un court-métrage peu connu de 1957.

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