[Musique] Hedzoleh Soundz – Hedzoleh

Artiste : Hedzoleh Soundz
Titre de l’album : Hedzoleh
Année de sortie : 2010 (1973)
Label : Soundway
Genre : Highlife, Afrobeat

C’est une évidence, les années 1960 et 1970 ont été très fécondes dans le monde de la musique. Certes, beaucoup d’évolutions et de révolutions sonores ont pris place en Occident ; mais cette effervescence doit être mesurée à l’échelle mondiale. À cette époque la scène musicale africaine est en pleine ébullition, influencée par leurs lointains cousins afro-américains. Grosso modo : la soul-funk endiablée de James Brown d’abord, mais aussi le jazz de Dizzy Gillespie ou Cannonball Adderley, occupés à incorporer les concepts de musique africaine à leur musique. L’afro-jazz naît peu à peu, mené par Art Blakey, et l’on voit même intervenir une fusion avec le free jazz par des groupes comme The Pyramids. Bien évidemment, j’emprunte ici de fameux raccourcis, mais difficile de faire court avec la black music. De l’autre côté de l’Atlantique, Mahmoud Ahmed ou Gétatchèw Mèkurya font danser les foules en Éthiopie, tandis qu’un certain Nigérian nommé Fela Kuti donne naissance à l’afrobeat. Ce nouveau genre musical inspirera de nombreux artistes au-delà des frontières, donnant ainsi matière à réflexion à des groupes ghanéens comme Hedzoleh Soundz.

Formé en 1972, Hedzoleh (liberté) est l’un des premiers groupes afro qui ose le mélange des genres. Composé de musiciens aux tendances pop ainsi que d’une troupe de musique traditionnelle issue du Ghanaian Arts Council, c’est l’un des groupes les plus originaux de son temps, proposant une combinaison de musique traditionnelle teintée de rock occidental. Comme indiqué précédemment, de grands changements interviennent à cette période au niveau de la scène musicale d’Afrique de l’Ouest. Voir un groupe de musiciens vêtus de costumes traditionnels jouer dans les clubs en ville, et non pas dans la campagne, est un moyen radical d’expression. Hedzoleh contribue donc à caractériser un nouveau sentiment libérateur, retour aux racines annonciateur d’une culture tournée vers l’afrocentrisme. La tendance communautaire gagne en popularité chez les jeunes, et le groupe joue en permanence au Napoleon Nightclub, où ils sont découverts par Fela Kuti en personne.

Outre les qualités intrinsèques de la musique, l’album Hedzoleh possède une histoire bien particulière. Il faut remonter à un concert de 1973, pendant lequel le trompettiste sud-africain Hugh Masekela, lassé de la scène jazz américaine, vient voir Hedzoleh Soundz sur le conseil avisé de Kuti. Sous le charme de leur tube « Rekpete », il vient à la rencontre du groupe qui n’a alors que deux 45 tours à son actif, édités par un petit label local. Alors que le leader du groupe, Lash Laryea, vient de laisser tomber le projet suite à un clash avec son producteur, Masekela voit une occasion parfaite d’enregistrer un album avec le groupe. Sous son impulsion, la formation trouve un nouveau bassiste et enregistre son premier LP dans un studio nigérien du label EMI, basé à Lagos. C’est à ce moment que Masekela décide de réenregistrer quatre morceaux, remplaçant la partie de flûte dans le but de présenter le groupe aux États-Unis : ils apparaissent dans un album sous son propre nom, auquel il ajoute simplement une composition de son répertoire, « Languta ». Par la suite, Hedzoleh effectuera une tournée aux USA avec Masekela et participera à deux des albums du trompettiste ; mais le LP original aura été négligé pendant une quarantaine d’années, jusqu’à sa récente réédition par le label spécialisé Soundway.

Que dire de cet album original s’il ne fait que confirmer une symbiose parfaite entre des éléments traditionnels et une impulsion rock-funk, propre à l’afrobeat. Contrairement à l’album de Masekela, les percussions sont davantage en retrait ; la partie de flûte donne aussi à l’ensemble un côté plus authentique. Entre highlife et percussions style Yoruba, la guitare électrique, notamment dans les excellents « Rekpete », « Hearts Ne Kotoko » et « Hedzoleh Soundz », apporte l’ingrédient rock qui permet de classer cet album dans la catégorie des trésors perdus de la musique africaine.

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