[Musique] Ned Rothenberg – Quintet for Clarinet and Strings

Artiste : Ned Rothenberg
Titre de l’album : Quintet for Clarinet and Strings
Année de sortie : 2010
Label : Tzadik
Genre : Musique contemporaine, musique de chambre

Avec ce quintette pour clarinette et cordes, Ned Rothenberg cherche à apporter sa pierre à l’édifice de la musique classique contemporaine. Dès les premiers instants, on pense immédiatement à une musique sérielle en droite ligne des travaux de la Seconde école de Vienne. Les phrasés mélodiques sont systématiquement ponctués par des clusters atonaux et des pizzicatti, tandis que çà et là une touche zlezmer amène un peu de rondeur, quand ce ne sont pas les glissandi qui s’en occupent. « Terrace and Fold » ouvre l’album de fort belle manière mais oscille vite entre le très bon et le très moyen. Malgré quelques moments de grande inspiration ou l’exercice d’improvisation dans la pièce « Commentary », l’utilisation de la clarinette fait penser à une version édulcorée du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, voire un hommage un peu poussif à Giacinto Scelsi. Ne nous méprenons pas : c’est parfois très beau, souvent agréable pour qui sait apprécier ce genre de musique ; mais si Rothenberg échappe à la caricature, est-on pour autant en mesure de certifier qu’il apporte quelque chose de neuf ? Chose certaine en tout cas : l’ensemble est dynamisé par une belle énergie. A découvrir.

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Doubtmusic relance Hijokaidan

Depuis leur dernier enregistrement studio en 2004, The Last Recording Album, on pouvait penser que la harsh noise de Hijokaidan, en studio, c’était fini. D’autant plus qu’en 2009, le groupe célébrait ses trente ans de carrière avec un coffret anniversaire The Noise, sorte de méga-compilation destinée aux fans les plus allumés, à qui une trentaine de disques de musique bruitiste ne fait pas peur. Sur son propre label Alchemy Records, Jojo Hishiroge semblait donc avoir scellé la discographie de cette figure de proue de l’underground nippon. C’était sans compter sur sa vitalité et celle de ses compères, qui vont continuer à faire vibrer les oreilles les plus endurcies à travers deux galettes, à paraître chez Doubtmusic dès demain.

Non seulement les amateurs ont droit à un nouvel enregistrement studio avec le très explicite Made in Studio, mais ils pourront découvrir sur CD un nouveau visage du groupe sous le nom de Jazz Hijokaidan. Serait-ce une nouvelle métamorphose engagée après leur rencontre avec les américains Borbetomagus, concrétisée en 2007 par Both Noises End Burning ? Peut-on s’attendre à un feeling plus proche du jazz et de l’improvisation libre ? Encore et toujours, il n’est pas si simple de classer Hijokaidan…

[Cinéma] Norman McLaren – A Chairy Tale

Réalisateur : Norman McLaren
Titre du film : A Chairy Tale
Année : 1957
Durée : 12 min
Genre : Stop-motion, comédie, slapstick

Le cinéma d’animation classique offre une lecture du septième art qui contraste avec la définition qu’en donne Deleuze à partir de Bergson. Car ce type de mouvement créé à partir de poses successives descend directement des ombres chinoises et autres zootropes. Il existe cependant des techniques qu’on a peine à catégoriser : le stop-motion réalisé à partir d’éléments filmés, ainsi qu’un procédé moins connu en matière d’animation, ne nécessitant pas de caméra : la peinture sur pellicule 35mm. Parmi les fers de lance de ce sous-genre, on connaît en particulier le néozélandais Len Lye ainsi qu’un certain Oskar Fischinger, moins géométrique, figures qui influenceront autant Walt Disney que les travaux expérimentaux de Stan Brakhage. Cependant, le réalisateur le plus connu à ce jour est sans aucun doute l’excellent Norman McLaren.

Avant d’aborder les travaux du Canadien, il faut d’abord souligner l’importance de l’abstraction musicale dans le cinéma d’animation. Contrairement aux compositions visionnaires de Carl Stalling, il s’agit de mettre en images une musique et non l’inverse. Dans ce domaine, on connaît surtout la magie du Fantasia (1940) de Disney et peut-être moins la fantaisie des visions de McLaren ; car l’une de ses grandes réussites, c’est d’avoir à plusieurs reprises réussi à intégrer des éléments humoristiques dans des formes simples, et ce dès ses premiers films expérimentaux.

Le court-métrage A Chairy Tale (1957) est l’aboutissement d’un long processus d’apprentissage et d’affirmation stylistique, commençant par la mise en place d’une synesthésie idiosyncratique. Après l’abstraction de Dots et Loops en 1940, McLaren réalise quelques films de propagande faisant la publicité des obligations de guerre – il faut bien manger : le didactique Dollar Dance (1943) ou le matraquage de V for Victory deux ans plus tôt. Si sa technique se perfectionne au fil du temps jusqu’au film Le Merle (1959), comptine pour enfants, on retiendra surtout Begone Dull Care (1949), film dans lequel l’instrumentation est assurée par un grand nom du jazz, Oscar Peterson.

Au début des années 1950, MacLaren réussit un véritable tour de force en stop-motion, probablement son travail le plus connu, Neighbours (1952), film expérimental qui obtiendra l’Oscar du meilleur court métrage et qui sera sans doute une source d’inspiration pour les futurs travaux de Švankmajer. La drôlerie de son humour noir, doublée d’une gentille satire de la morale chrétienne, s’effectue de manière très visuelle, dans la lignée du slapstick des films muets. La même année, avec Two Bagatelles, McLaren récidive en optant pour un mélange de techniques de stop-motion et d’abstraction musicale.

Toutes ces expérimentations définissent peu à peu le style de Norman McLaren. Pour la première fois, A Chairy Tale semble marquer un point d’orgue. Le pitch reste simple : une chaise refuse de se faire asseoir dessus par un homme désireux de lire. Ce dernier va tenter de dompter la chaise par tous les moyens à sa disposition. D’un côté, on retrouve alors l’humour slapstick allié à la technique de stop-motion, semblant créer des effets cartoons réussis ; de l’autre, l’utilisation d’un raga de Ravi Shankar comme matière sonore, rappelant ainsi les comédies bollywoodiennes. Même si l’acteur n’a pas le charisme de Buster Keaton ou de Jacques Tati, on prend plaisir à le voir se creuser la tête dans ce théâtre absurde. Pendant dix minutes se mêlent danse et poésie, avant un final attendrissant.

La fraîcheur de ce court-métrage ne se retrouve pas forcément dans tous les travaux de McLaren, qui se mettra d’ailleurs en scène dans Opening Speech : son discours de bienvenue réalisé à l’occasion du premier Festival International de Films de Montréal. De la même façon, le microphone refuse de le laisser parler, l’occasion pour lui de présenter de nouveaux gags visuels. D’aucuns pourront tergiverser sur la mise en abyme de McLaren se projetant dans la toile pour exprimer son discours sous forme d’animations ; mais si ce film-là définit peut-être mieux encore son œuvre, le résultat ressemble davantage à un exercice de style auquel manque la poésie d’un court-métrage peu connu de 1957.

[Musique] Gert-Jan Prins – Cavity

Artiste : Gert-Jan Prins
Titre de l’album : Cavity
Année de sortie : 2008
Label : Cavity
Genre : Musique électronique, noise

C’est par un pur hasard que j’ai découvert la musique de Gert-Jan Prins, avec cet album trouvé dans le plus inattendu des lieux possible, un bac à soldes de la plus grande chaîne de magasins de produits culturels. Pourtant, rien ne réunissait ces deux univers. D’un côté, un temple de la consommation où se côtoient les groupes les plus rentables ; de l’autre, un disque de  manipulation sonore, numéroté, signé et peint à la main par son auteur, dans une édition cartonnée limitée à 250 exemplaires. Pour la modique somme d’un misérable euro, il fallait bien qu’on se débarrasse de ce laissé pour compte.

Né en 1961, Gert-Jan Prins est l’un des artistes néerlandais les plus « overground » dans le monde du sound art. Véritable figure de proue de l’improvisation électronique en son pays, il concentre d’abord ses efforts dans le traitement artistiques de bruits radiophoniques : cliquetis, grincements et autres frottements lui permettent de créer une atmosphère particulière. Très vite, la singularité de ses créations lui attire la sympathie de grands noms comme Fennesz. Autrefois percussionniste de free jazz, ce musicien s’est plus récemment transformé en un manipulateur de white noise et de pink noise, tout en conservant son approche basée sur l’utilisation de récepteurs et transmetteurs FM customisés.

Enregistré à Amsterdam en 2008 et sorti la même année, Cavity est un bon exemple du travail entrepris depuis une bonne vingtaine d’années par Prins, en plus d’être le premier disque sorti sur son propre label éponyme. Bien évidemment, cet album de noise électronique est réservé à un public d’amateurs avertis. Pendant une trentaine de minutes déferlent des vagues de sons très ambient, oscillant entre un son brut et des pulsations plus sourdes, s’inscrivant tour à tour dans la lignée de John Wiese ou du Japonais Akifumi Nakajima (et son monstrueux projet solo, Aube). De manière générale Gert-Jan Prins favorise un son apaisant à l’agressivité du harsh noise. C’est à la fois la force et la faiblesse de Cavity auquel on pourrait reprocher de sonner creux. De façon à vous faire une idée, je tiens à partager cette découverte à travers un lien que vous trouverez comme d’habitude dans les commentaires, la petite bulle en haut à droite.

Download link in comments.

[Musique] Hedzoleh Soundz – Hedzoleh

Artiste : Hedzoleh Soundz
Titre de l’album : Hedzoleh
Année de sortie : 2010 (1973)
Label : Soundway
Genre : Highlife, Afrobeat

C’est une évidence, les années 1960 et 1970 ont été très fécondes dans le monde de la musique. Certes, beaucoup d’évolutions et de révolutions sonores ont pris place en Occident ; mais cette effervescence doit être mesurée à l’échelle mondiale. À cette époque la scène musicale africaine est en pleine ébullition, influencée par leurs lointains cousins afro-américains. Grosso modo : la soul-funk endiablée de James Brown d’abord, mais aussi le jazz de Dizzy Gillespie ou Cannonball Adderley, occupés à incorporer les concepts de musique africaine à leur musique. L’afro-jazz naît peu à peu, mené par Art Blakey, et l’on voit même intervenir une fusion avec le free jazz par des groupes comme The Pyramids. Bien évidemment, j’emprunte ici de fameux raccourcis, mais difficile de faire court avec la black music. De l’autre côté de l’Atlantique, Mahmoud Ahmed ou Gétatchèw Mèkurya font danser les foules en Éthiopie, tandis qu’un certain Nigérian nommé Fela Kuti donne naissance à l’afrobeat. Ce nouveau genre musical inspirera de nombreux artistes au-delà des frontières, donnant ainsi matière à réflexion à des groupes ghanéens comme Hedzoleh Soundz.

Formé en 1972, Hedzoleh (liberté) est l’un des premiers groupes afro qui ose le mélange des genres. Composé de musiciens aux tendances pop ainsi que d’une troupe de musique traditionnelle issue du Ghanaian Arts Council, c’est l’un des groupes les plus originaux de son temps, proposant une combinaison de musique traditionnelle teintée de rock occidental. Comme indiqué précédemment, de grands changements interviennent à cette période au niveau de la scène musicale d’Afrique de l’Ouest. Voir un groupe de musiciens vêtus de costumes traditionnels jouer dans les clubs en ville, et non pas dans la campagne, est un moyen radical d’expression. Hedzoleh contribue donc à caractériser un nouveau sentiment libérateur, retour aux racines annonciateur d’une culture tournée vers l’afrocentrisme. La tendance communautaire gagne en popularité chez les jeunes, et le groupe joue en permanence au Napoleon Nightclub, où ils sont découverts par Fela Kuti en personne.

Outre les qualités intrinsèques de la musique, l’album Hedzoleh possède une histoire bien particulière. Il faut remonter à un concert de 1973, pendant lequel le trompettiste sud-africain Hugh Masekela, lassé de la scène jazz américaine, vient voir Hedzoleh Soundz sur le conseil avisé de Kuti. Sous le charme de leur tube « Rekpete », il vient à la rencontre du groupe qui n’a alors que deux 45 tours à son actif, édités par un petit label local. Alors que le leader du groupe, Lash Laryea, vient de laisser tomber le projet suite à un clash avec son producteur, Masekela voit une occasion parfaite d’enregistrer un album avec le groupe. Sous son impulsion, la formation trouve un nouveau bassiste et enregistre son premier LP dans un studio nigérien du label EMI, basé à Lagos. C’est à ce moment que Masekela décide de réenregistrer quatre morceaux, remplaçant la partie de flûte dans le but de présenter le groupe aux États-Unis : ils apparaissent dans un album sous son propre nom, auquel il ajoute simplement une composition de son répertoire, « Languta ». Par la suite, Hedzoleh effectuera une tournée aux USA avec Masekela et participera à deux des albums du trompettiste ; mais le LP original aura été négligé pendant une quarantaine d’années, jusqu’à sa récente réédition par le label spécialisé Soundway.

Que dire de cet album original s’il ne fait que confirmer une symbiose parfaite entre des éléments traditionnels et une impulsion rock-funk, propre à l’afrobeat. Contrairement à l’album de Masekela, les percussions sont davantage en retrait ; la partie de flûte donne aussi à l’ensemble un côté plus authentique. Entre highlife et percussions style Yoruba, la guitare électrique, notamment dans les excellents « Rekpete », « Hearts Ne Kotoko » et « Hedzoleh Soundz », apporte l’ingrédient rock qui permet de classer cet album dans la catégorie des trésors perdus de la musique africaine.

Fushitsusha récidive !

La journée d’hier n’a pas été uniquement marquée par la sortie d’un nouveau blockbuster au pays de l’Oncle Sam ; les fans de rock underground tokyoïte ont eux aussi eu droit à un nouvel opus dans la discographie du groupe Fushitsusha. Bon d’accord, la date de sortie officielle, c’est le 18 septembre, et mon introduction est foireuse. Qu’importe. Une nouvelle fois, c’est le mystérieux label Heartfast qui s’est occupé de la sortie de cet album, Mabushii itazura na inori (まぶしい いたずらな祈り). Peu d’informations ont filtré jusqu’ici. Même du côté de PSF ou du site poisonpie, bien connu des fans de Keiji Haino, pas grand chose à se mettre sous la dent. Une chose est sûre : le line-up ne change guère, contrairement à la formation actuelle. Peut-être un indice sur une éventuelle date d’enregistrement, plus tôt dans l’année ? Quant à la pochette, on sait désormais que 2012 sera l’année pendant laquelle Fushitsusha sera passé à la couleur.

La tracklist est visible ici.

Google fête Clara Schumann

Petit billet rapide aujourd’hui, spécial doodle Google, qui célèbre le 193è anniversaire de Clara Schumann. Fille de Friedrich Wieck,  l’épouse du compositeur allemand Robert Schumann était elle aussi une prodigieuse pianiste, qui publia ses premières œuvres à l’âge de dix ans. Même si l’on connaît moins aujourd’hui son répertoire que son illustre époux, c’était une femme très connue en son temps. Grâce au label économique Naxos, il est pourtant facile de se laisser surprendre par sa musique, en particulier son Concerto pour piano op. 7, disponible sur ce très bon album, très bien interprété :