[Musique] Ned Rothenberg – Ryu Nashi / No School

Artiste : Ned Rothenberg
Titre de l’album : Ryu Nashi / No School: New Music for Shakuhachi
Année de sortie
: 1997
Label : Tzadik
Genre : Improvisation, Musique traditionnelle, jazz

Amateurs de musique traditionnelle japonaise en quête de nouvelles sensations, cet album est pour vous. Pourtant, Ned Rothenberg semble inconnu au bataillon des adeptes du gagaku. Ce natif de Boston habitué des instruments à bois s’entoure ici d’autres musiciens occidentaux afin de proposer sa vision de la musique pour shakuhachi, cette flûte en bambou dérivée du xiao chinois. A juste titre, on pourrait craindre que l’âme de l’instrument se perde dans un détournement trop brutal – après tout le disque est signé chez Tzadik ; pas de panique, Rothenberg traite ce sujet avec respect. Les sceptiques seront rassurés de savoir que cet instrumentiste génial a suivi les enseignements de deux maîtres en la matière : Katsuya Yokoyama et Goro Yamaguchi. Ce dernier avait collaboré avec Judo Notomo, « Trésor National Vivant » au Japon (la plus haute distinction artistique en son pays), sur un enregistrement de 1984 édité par Auvidis. Une musique superbe, malheureusement bridée par la mauvaise qualité technique de la prise de son.

La qualité de son exceptionnelle de Ryo Nashi / No School constitue en soi un gros avantage, l’occasion de profiter pleinement du timbre singulier de l’instrument. Ce serait pourtant gageure que de nier le talent des interprètes et croire que les expérimentations négligent tout un héritage culturel ; en témoigne « Naki Tokoro Nite », seule composition du disque à laquelle participe une artiste japonaise, Yoko Hiraoka (voix et shamisen). A travers elle résonne un tanka vibrant : « Nippon ni sumi/Nippon no kuni no/Kotoba mote/Iu wa ayaushi/Waga omou koto » (« Il est dangereux/De vivre au Japon et dire/Dans la langue/Du peuple japonais/ce que je ressens »). En contrepoint, la troisième composition, propose quant à elle une excursion sonore où le violon alto de Stephanie Griffin tente de recouper la texture sonore du duo de flûtes formé par Riley Lee et Ned Rothenberg. Très évocateur, ce rapprochement entre deux instruments si éloignés rappelle, par moments, certaines œuvres atonales de Sofia Gubaidulina – toutes proportions gardées. Un point de vue résolument plus extérieur sur l’utilisation du shakuhachi, mais toujours très élégant et raffiné ; un sentiment qui s’affirme à mesure que l’on avance dans cet univers. Toute déférence gardée envers les maîtres d’un art séculaire, Ned Rothenberg arrive ainsi à convaincre dans son appropriation de l’instrument. En somme, voici un art de la flûte japonaise, revu sans être corrigé.

NB : Ceux qui recherchent une musique plus expérimentale que japonisante, plus agressive dans son utilisation du bambou, pourront se tourner vers Ganryu Island, album issu de la collaboration entre John Zorn et Michihiro Sato.

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