Semaine spéciale Rallizes Dénudés

La semaine dernière, j’avais promis une belle surprise pour début juin aux fans de musique indépendante japonaise. Ainsi, à l’occasion de la réédition de leur catalogue officiel sous le doux nom Rivista Archives, débute aujourd’hui une semaine spéciale dédiée à ce groupe majeur de la musique psychédélique : Les Rallizes Dénudés. Une semaine qui débute par une présentation du groupe pour qui ce nom ne rappelle rien, suivie de la mise en ligne d’une bonne partie de leur discographie officielle pendant les prochains jours ! Du pain béni pour les amateurs qui profiteront de ces « bootlegs » rares sans se ruiner.

Formés en 1967 à Kyoto et splittés après une tournée en octobre 1996, ces Japonais d’extrême gauche ont marqué le temps au fer rouge, débridant les attaches du rock psychédélique et chevauchant dans l’espace sur des préceptes velvetiens. Pareils aux Stooges, ‘Hadaka no Rallizes’ attachent dès la fin des années soixante une importance capitale à la distorsion et inventent un concept qui déterminera bien des tendances dans l’underground nippon.

En prenant pour base le psychédélisme lourd de Blue Cheer, lui calquant une basse tout droit sortie des écuries Motown, le groupe fouette ses chansons de pans de noise-drone, le tout coiffé de la voix aiguë du leader, le fameux Takashi Mizutani. Dès les premiers instants, on comprend l’influence du groupe sur des combos comme Fushitsusha, Mainliner ou Kousokuya, qui partagent une approche similaire avec une ou deux générations d’écart – le cas le plus flagrant demeurant Up-Tight. Et cela va plus loin que la seule musique ; Keiji Haino a beau dire n’avoir été influencé par personne, on peut au moins dire que niveau vestimentaire, c’est Mizutani qui a lancé la mode des tuniques et lunettes noires. Outre le leitmotiv de la culture supersonique, on trouve même des similarités dans leur façon de chanter.

Les Rallizes Dénudés proposent une musique en accord avec son temps et pervertie à la Lou Reed. Comme si un énième shoot de coke devait avoir ralenti sa vision du temps et étiré les compositions sous un nuage de bruits qui dessineraient « Sister Ray » sur la toile d’un ciel sombre. Loin de l’occident marginal et des productions Warhol, le Japon s’embrase et devient en quelques années un point central de perturbations, entre les séismes dus à la tectonique des plaques et les vortex ouverts à l’envi par de jeunes fous furieux.

Engageant des tournées dès 1968, ils emportent tout sur leur passage. Le bruit se fait le plus fort, dans une ambiance de son et lumières à faire péter les rétines : boules à facettes et grosses enceintes qui leur vaudront des ennuis les premiers temps (annulations de dates, report de concerts, etc.). Ils occupent également l’université de Kyoto en avril 1969 pour dénoncer la guerre du Vietnam et se produisent lors de grandes manifestations étudiantes. Ce qui n’est pourtant rien comparé à leur engagement politique au plus extrême : l’un des membres originels du groupe, le bassiste Moriaki Wakabayashi, va radicaliser encore plus leur image en prenant part à l’opération Yodogo en 1970 – le détournement du vol 351 de Japan Airline pour la Corée du Nord, sous la houlette de l’Armée Rouge japonaise. Mizutani se serait vu offrir un rôle dans cette action terroriste qui aura pris en otage 129 personnes, mais l’aurait refusé. Ce qui ne l’empêchera pas de clamer bien haut des textes de Lénine, Che Guevara, Hegel ou encore Nietzsche lors d’un concert dans une école primaire…

Cet engagement politique contre le libéralisme aura une incidence de premier ordre sur le reflet du groupe : négligeant les studios, favorisant les messages politiques distribués après de violents riffs, il deviendra au fil des années de plus en plus culte, amassant davantage d’amateurs de sensations fortes que de curieux politisés. Leur renommée internationale s’est faite de bouche à oreille – Peter Grant n’aurait pu faire mieux ; la révolution Internet va permettre heureusement une plus large diffusion de leur musique et donner aux Rallizes Dénudés le statut de groupe culte  de l’underground japonais, dont la musique s’arrache à prix d’or. En particulier les albums officiels, parmi l’océan de bootlegs mis à disposition des fans.

Une époque (presque) révolue. Les seuls albums officiels de ce groupe étaient sortis en 1991 chez Rivista, label obscur s’il en est ; mais pour leur 20è anniversaire, l’excellent label Univive s’est occupé de confectionner un coffret spécial 5xCD, proposant l’intégralité du catalogue ainsi qu’un disque bonus de raretés et d’inédits ; le tout avec la bénédiction du leader du groupe (splitté en 1997), Takashi Mizutani ! Sortie le 31 décembre 2011, cette édition de luxe limitée à 200 exemplaires est déjà épuisée. J’ai eu la chance de m’en procurer un  exemplaire via le site Modern Music du label PSF. Je vous propose dès maintenant un pack de scans des livrets en guise de mise en bouche ; mais dès demain, vous retrouverez chaque jour une chronique d’un des albums inclus dans le coffret ainsi qu’un lien pour télécharger la musique elle-même.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la semaine se terminera avec le partage de deux autres coffrets du label Univive, eux aussi en rupture de stock. Cette musique étant faite dès le départ pour éviter les circuits officiels, je ne vois donc aucun mal à la partager avec vous. Pour télécharger les scans des livrets, reportez-vous aux commentaires. Vous admirerez au passage la qualité du français employé… décidément les langues latines ne sont pas le fort de nos amis orientaux !

Les Rallizes Denudes – Rivista Archives scans are available via the download link is in comments (music uploads coming soon enough).

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2 réflexions sur “Semaine spéciale Rallizes Dénudés

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