[Cinéma] Alain Resnais – Le chant du Styrène

Réalisateur : Alain Resnais
Titre du film : Le chant du Styrène
Année : 1958
Durée : 13 min
Genre : Court-métrage documentaire, Poésie

On peut affirmer sans trop s’avancer que le souci esthétique représente une part essentielle dans le domaine de l’œuvre cinématographique. Cadrage et photographie, mise en lumière, tout compte pour faire surgir la beauté d’une scène, le charme d’une ambiance, les couleurs d’un décor. Bien que cela ne saute pas aux yeux, les documentaires font eux aussi l’objet d’un soin tout particulier ; ils peuvent même faire l’objet d’expérimentations. On peut penser à Taris, roi de l’eau de Jean Vigo tout autant que les certains courts-métrages comme Seven Women of Different Ages de Krzysztof Kieślowski. Mais peu de réalisateurs ont su tirer tant de poésie à partir d’un sujet aussi banal qu’Alain Resnais avec son documentaire de 1958, Le chant du Styrène.

Car en effet, il paraît compliqué de parler comme un livre de la fabrication de la matière plastique en une quinzaine de minutes, sur commande du groupe industriel Pechiney. Ce serait comme vous parler de son rachat par la société Alcan en 2003, elle-même rachetée par le géant anglo-australien Rio Tinto il y a cinq ans : je sens que je vous perds déjà ! Pourtant, le seul jeu de mots du titre retient l’attention. Et quand on apprend que Raymond Queneau joue les scénaristes pour Pierre Dux qui nous conte en off l’histoire du polystyrène, cela promet un beau moment. Alors on s’assoit et on écoute le monsieur citer en alexandrins la belle histoire de nos ustensiles en plastique.

 

Après un générique classique auquel succède une citation d’un poème de Victor Hugo, première surprise. Ce n’est pas un représentant cravaté qui nous accueille dans son entreprise, sinon des images d’une végétation venue d’ailleurs, une flore aux couleurs vives, surnaturelles, qui croît gracieusement devant l’objectif. Organiques et mystiques, ces plans inspirés d’algues et de coraux orangés révèlent en réalité la matière synthétique sous sa forme finie ; le début d’un voyage à contre-sens, où se narre la genèse d’un bol rouge, depuis sa sortie du moule, la création du matériau et des ses composants multiples (styrènes), pour finir dans un univers beaucoup moins enchanteur : les usines de charbon et de pétrole, les matières premières qui permettent à tant de kitchenettes d’’apporter un brin de couleur à la maison.

Si l’éclat des couleurs frappe dès les premiers instants (peu de courts-métrages de ce style peuvent se payer le luxe, à l’époque, de proposer une palette si vive), c’est surtout le parti pris par l’équipe de réalisation qui s’avère payant. Cette trame narrative, expliquant avec humour et poésie la fabrication d’une matière industrielle, sans noblesse, crée un délicieux décalage. Le but restant d’informer le spectateur, mais avec cette touche de légèreté qui donne au court-métrage une dimension tout à fait particulière. Après avoir visionné Le chant du Styrène, ne vous étonnez pas si un autre grand artiste, Jacques Tati, vous vient à l’esprit. Car enfin après tout, ne retrouve-ton pas ce décalage poétique mis au service de l’absurde, ce contraste entre couleurs et grisaille, dans des films comme Mon oncle ? La comparaison avec l’un des grands chefs-d’œuvre du cinéma français peut paraître un peu audacieuse ; si vous avez un quart d’heure devant vous, le mieux reste de vous faire votre propre opinion.

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