[Musique] Charles-Valentin Alkan – Esquisses, Op 63

Compositeur : Charles-Valentin Alkan
Œuvre : Esquisses, Op 63
Version : Steven Osborne (2003)
Label : Hyperion
Genre : Piano, Romantique

La période romantique a été marquée par la virtuosité de ses plus grands compositeurs. A l’ombre des chefs de file de ce mouvement, un ami de Chopin, admiré par Liszt, demeure aujourd’hui encore très méconnu ; et pourtant, à l’écoute, difficile de considérer Charles-Valentin Alkan sous un autre angle que l’un des grands génies du XIXe siècle. Bien que très peu joué, à cause de l’extrême difficulté de son répertoire, il fut surnommé le « Berlioz du piano ». Si certains de ses travaux ont été créés plus d’un siècle après leur composition, le travail acharné des pianistes du label britannique Hyperion n’est pas étranger à la redécouverte de ce personnage singulier.

Chez les mélomanes avertis, Alkan est surtout apprécié pour ses Douze Etudes de l’opus 39 (en particulier le concerto et la symphonie pour piano seul), et sa Grande Sonate « Les Quatre Âges », qui affiche parfois jusqu’à huit voix simultanées, imposant à la partition un code couleurs pour en faciliter le déchiffrage. Notre intérêt se porte ici pour un programme en alternative à la noblesse extatique de ses opus majeurs, dont la publication souffla les 150 bougies en 2011 : les Esquisses, Op 65. Soit 48 petites pièces pour piano, faussement naïves, dépassant rarement la minute trente. L’idée d’exploration tonale est une nouvelle fois omniprésente, la notion de cycle poussée à l’extrême : chacun des quatre livrets de douze pièces propose une progression particulière, et ce toujours depuis une tonalité en do majeur ou mineur.

Sous son apparente simplicité, ce recueil offre une suite de concepts subtils proposant un large éventail stylistique, où le lyrisme cède volontiers sa place à de petites scénettes ironiques. Le raffinement du « Odi profanum vulgus et arceo » tranche avec la « Fantaisie » du Livret II digne d’une étude de Chopin, qui ravira également les amateurs de prouesses techniques. Un regard est posé à la fois sur le passé et l’avenir ; certaines formes rendent hommage au baroque français (Rameau et Couperin), tandis que d’autres annoncent l’expressionisme de Moussorgski. L’écriture de ces morceaux à croquer semble former une charnière entre le romantisme et les expérimentations du début du vingtième siècle, préfigurant ainsi la musique d’Erik Satie.

Avec cet enregistrement, Steven Osborne confirme son statut de grand interprète. Sa performance exceptionnelle des Esquisses se pose en parfait complément de sa version des Préludes de Debussy, la maîtrise de la partition alliant subtilité et élégance. Au fil de cet album, le voyage qu’il entreprend semble gravé dans l’air. Il débute comme une Nocturne, dans un rêve, pour s’achever avec un postlude titré « Laus Deo », sorte de louange mystique qui s’évanouit au son de cloches, pour mieux laisser en suspens cette œuvre à la beauté crépusculaire.

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