[Livres] Schopenhauer – L’Art d’avoir toujours raison

Auteur : Arthur Schopenhauer
Titre : L’Art d’avoir toujours raison (1864)
Année de parution : 1983
Éditeur: Fayard
Collection : Mille et une nuits

Comme tout un chacun, il vous est forcément arrivé de tomber sur une personne qui, lors d’une discussion ou d’un débat, n’hésitait pas à employer tous les moyens à sa disposition pour que l’on accepte qu’il ait raison quand bien même il soit dans le tort le plus complet. Avouez-le, c’est assez agaçant. Le plus souvent, on préfère couper court à la conversation afin d’éviter que le ton ne monte trop vite. Après tout, le but d’un dialogue, c’est l’échange, pas la confrontation, n’est-ce pas ?

A en croire Schopenhauer, cet éminent penseur allemand du XIXe siècle, la dialectique classique telle qu’on la connaît depuis Platon n’est pas forcément adéquate. Car la vérité importe peu : l’homme est malhonnête, vaniteux, obstiné et ne dispose pas toujours d’une capacité de réflexion suffisante. C’est sur ce constat-là que repose L’Art d’avoir toujours raison, petit livret ne dépassant pas la soixantaine de pages, qui définit ce que le philosophe appelle la « dialectique éristique » (Die Kunst, Recht zu behalten). Le premier paragraphe permet au lecteur de comprendre immédiatement sont point de vue, la nature du concept exposé :

« La dialectique éristique est l’art de disputer, et ce de telle sorte que l’on ait toujours raison, donc per fas et nefas (c’est-à-dire par tous les moyens possibles). On peut en effet avoir objectivement raison quant au débat lui-même tout en ayant tort aux yeux des personnes présentes, et parfois même à ses propres yeux. »

Cette vision assez singulière et pessimiste de l’homme permet à Schopenhauer d’exposer, non sans sarcasme, une série de 37 stratagèmes permettant aux disciples de cette dialectique de ressortir vainqueur d’une discussion, quoi qu’il en coûte. Ainsi, empruntant parfois des idées aristotéliciennes, l’auteur propose de jouer avec les mots pour parvenir à une réfutation par refus de la conclusion, employer de faux prémisses, perdre son interlocuteur dans un flot de questions ; l’interroger sur un sujet annexe ou détourner le sens de ses mots, quitte à le mettre en colère ; voire pousser le bouchon en admettant envers et contre tous que ses arguments vont en notre faveur.

L’intérêt d’un tel essai sur la controverse n’est pas tant un mode d’emploi pour améliorer son égo. C’est en revanche une lecture très utile qui permettra à ses lecteurs de mieux s’armer contre les cuistres ; ceux-là qui n’hésiteraient pas à détourner l’attention par diversion ou à gagner les faveurs des personnes présentes, en proclamant leur triomphe avant l’heure. Voire en ultime ressort, l’attaque directe de son interlocuteur ad personam.

Je ne peux que vous conseiller d’aller faire un tour sur une page web qui résume parfaitement les exemples de la dialectique éristique. C’est pour ma part un livre que j’aime potasser de temps en temps. Chacun pourra trouver une utilité à cette lecture.

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